Alors que le soleil plonge dans l'océan
le chant du grillon s'élève.
Il impose le licence sur la grêve
et rythme le souffle du vent.
Le ciel est une page blanche bordée
Par des murs et des toits de cheminées brodés.
Leur craie n’offre qu’un mince reflet de volume
A leurs pieds, à un bonnet rouge qui fume.

Une main est tendue, tremblante sans gants,
Et porte en suspend l’espoir d’un mendiant.
Ses yeux plongent dans l’abîme du bitume
Cherchant, immobiles, leur vision posthume.

Tout en lui semble vide, rien ne bouge
Si ce n’est la main posée sur la laine rouge
Pour porter aux lèvres la cigarette offerte.

Le regard se lève alors sur la rue déserte,
Replonge dans un soupir digne d’un trépas.
La foule pourtant est là, ils ne se voient pas.


Ce matin, le ciel s’enflammait sur Paris
Comme autre fois à Rome ou encore à Pompéi.
Les toits éblouissants débordaient d’étincelles
Tombantes sur les pavés glissants de Courcelles.

A Neuilly, des nuées mettaient en évidence
Des voûtes colorées sous la pluie qui danse.
Un arc-en-ciel dominait cette cité
En géant de passage un instant arrêté.

Sa tête avait disparu dans les hauteurs
Ignorant les ruelles, des toits, leurs lueurs.
Encore plus bas des passants sur le bitume

Engoncés dans leur importance posthume
Se camouflaient sous leur grand parapluie noir
Front et nez baissés ils ne voulaient rien voir.

Paris s’ennuie le long des quais désertés.
Une péniche dans un halo de fumé
Passe respectant le silence imposé
Par Notre Dame à la robe gelée.

Pont Saint Louis un homme court vers un abri,
Le comptoir d’un café, l’assise d’un taxi.
Le froid le presse, réduisant sa vision,
Il ne perçoit pas la beauté de l’horizon.

Loin vers la Rouen un nuage s’incendie
Jetant ses tons orangers sur des toits blanchis.
Vers la Marne c’est un bleu profond de nuit

Qui s’installe s’accaparant les docks de Bercy.
Demain matin c’est Turner qui s’invitera
Faisant fumer la Seine le long de ses bras.

Les vacances sont terminées et l’écolier
Repousse l’heure où il devra se coucher.
Il tourne, il fait durer la douche et le souper,
Il traîne et veut prolonger le temps qui lui reste.

Tout fait un sujet bon pour grogner et il peste.
Il veut retrouver Noël et son beau sapin.
Ses épines déclinent et voilà que s’éteint
La guirlande qui choit d’un mouvement de main.

Il veut retrouver ses jeux du matin au soir,
Oublier son bureau, s’inventer des histoires,
Attendre la veillée les yeux pleins d’espoir,
Déballer de nouveau la série de cadeaux

Que déposa l’homme en rouge dans son traîneau.
Le lit l’attend, à son pied, le sac à dos.
Ses efforts sont vains, alors que l’heure sonne,
L’écho de la cloche dans sa tête, résonne.


La tête est encore lourde sur l’oreiller,
La chaleur du lit garde les corps engourdis.
La nuit s’estompe révélant le laurier
Sous un croissant de lune bien trop petit.

Le ciel diaphane presque pellucide
Me présente une journée au fond d’air algide.
Par la lucarne ouverte, j’attrape une brise
Qui me transit tout entier sans surprise.

Un air de bois échappé d’une cheminée
Vint embellir ce souffle d’une note cendrée.
C’est déjà Noël et ses ombres qui s’avancent :
Les parfums de la clémentine et du sapin

S’uniront à l’éclat de la bougie qui danse.
Et des cadeaux aux feuilles de papiers peints
Ouvriront grand les yeux avides des enfants.
Mais pour l’instant, c’est le travail qui m'attend.

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