Paris s’ennuie le long des quais désertés.
Une péniche dans un halo de fumé
Passe respectant le silence imposé
Par Notre Dame à la robe gelée.

Pont Saint Louis un homme court vers un abri,
Le comptoir d’un café, l’assise d’un taxi.
Le froid le presse, réduisant sa vision,
Il ne perçoit pas la beauté de l’horizon.

Loin vers la Rouen un nuage s’incendie
Jetant ses tons orangers sur des toits blanchis.
Vers la Marne c’est un bleu profond de nuit

Qui s’installe s’accaparant les docks de Bercy.
Demain matin c’est Turner qui s’invitera
Faisant fumer la Seine le long de ses bras.

Les vacances sont terminées et l’écolier
Repousse l’heure où il devra se coucher.
Il tourne, il fait durer la douche et le souper,
Il traîne et veut prolonger le temps qui lui reste.

Tout fait un sujet bon pour grogner et il peste.
Il veut retrouver Noël et son beau sapin.
Ses épines déclinent et voilà que s’éteint
La guirlande qui choit d’un mouvement de main.

Il veut retrouver ses jeux du matin au soir,
Oublier son bureau, s’inventer des histoires,
Attendre la veillée les yeux pleins d’espoir,
Déballer de nouveau la série de cadeaux

Que déposa l’homme en rouge dans son traîneau.
Le lit l’attend, à son pied, le sac à dos.
Ses efforts sont vains, alors que l’heure sonne,
L’écho de la cloche dans sa tête, résonne.


La tête est encore lourde sur l’oreiller,
La chaleur du lit garde les corps engourdis.
La nuit s’estompe révélant le laurier
Sous un croissant de lune bien trop petit.

Le ciel diaphane presque pellucide
Me présente une journée au fond d’air algide.
Par la lucarne ouverte, j’attrape une brise
Qui me transit tout entier sans surprise.

Un air de bois échappé d’une cheminée
Vint embellir ce souffle d’une note cendrée.
C’est déjà Noël et ses ombres qui s’avancent :
Les parfums de la clémentine et du sapin

S’uniront à l’éclat de la bougie qui danse.
Et des cadeaux aux feuilles de papiers peints
Ouvriront grand les yeux avides des enfants.
Mais pour l’instant, c’est le travail qui m'attend.


Je vois une chambre, je vois un lit
Je vois des draps sans aucun pli.
Où la mémoire repose le silence dort
Des rêves ont fui les clartés de l’aurore.

J’entends un son, je devine une musique,
Une valse qui court de façon folklorique,
S’échappe du plafond, s’élance dans la rue,
Les pas de la pluie au loin se sont perdus.

Je sens un parfum qui, témoin d’une présence,
Affirmant avec force et souligne l’absence
De l’arôme de l’esprit quand l’âme n’est plus.

Sur une table les photos des disparus,
Un froid chandelier, un livre inachevé
Une paire de lunette très peu portées.

Le soleil dans le dos me pousse et me tempère.
Mon ombre précède mes pas et se déploie
Au début sombre de la chaussée qui se perd
Aux pieds des cafés éclairés de néons froids.

Un vent frisquet venu de l’ombre me fait face
et me freine alors que je remonte la rue.
Les devantures aux mannequins au teint écru
S’éteignent et de la nuit effacent les traces.

La ruelle dans un instant va s’animer
Et délivrer ses flots de voitures pressées.
Le silence sera percé par les livreurs,

Par le camion encombrant des éboueurs.
Pour l’instant c’est un café que je viens chercher
Un échos du réveil pour lancer la journée.

J’ai quitté ma maison pour ne plus y revenir.
En fantôme je l’ai traversée sans sentir
Ni chaleur, ni parfum révélant un passé.
Comme sur une image, tout s’était figé.

Les pièces, les murs de ma chambre, du salon,
Tout autour de moi était devenu distant
Comme sont les lieus d’un rêve rappelant
L’espace que la mémoire cherche à tâtons.

Des souvenirs m’ont interdit, de ma maison,
Le seuil, du cœur la sensation du frisson.
J’ai hanté longtemps certaines autres façades

Sans non plus rien voir parce que vides et fades.
Je me suis agacé de ces cloisons sans âme
De ces prisons de promesses aux sors sans charmes.
La pub originale



















Ce qu'elle m'inspire :





Ce que les lèvres ont du taire faute de temps
Les yeux l’ont exprimé en un court instant.
Ce que le son de sa voix n’a su porter
Un dernier regard vint à le supporter.

C’est un message catapulté en plein cœur,
Une missive illisible par la raison.
C’est un cri d’adieu, en guise d’oraison
Déchirant le silence de ces sombres heures.

Que les secondes sont longues dans ces moments
Où la mort semble vouloir étirer le temps.
Que la nuit et le froid sont denses, colossaux

Alors qu’ils deviennent un ultime berceau.
Que les mots furent inutiles pour exprimer
Les sentiments d’une vie ainsi libérés.
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