Les gares ne sont que des lieux de passage.
Ils doivent le rester parmi nos paysages.
Je suis resté un certain temps, assis,
Regardant passer les voyageurs pressés :
Les mères tirant les enfants trainant les poupées,
Les pères, fores aux valises et aux sacs trop lestés,
Les jeunes couples plus ou moins inspirés,
Se touchant, se frôlant, s’enlaçant, s’embrassant,
Les vieux couples, pressés d’arriver, regardant
L’autre puis le tableau, l’autre et les panneaux.
Par moments réguliers, des annonces lancent le départ
D’une course aux rames ou précisant les retards.
Alors les soupirs, les colères, les regards bedeaux
Se font entendre et enrichissent la musique des fers.
Tout est métal noir, gris ou vert mêlé de pierres.
Des enfants tournent en ronde autour des parents
Une jeune femme, un jeune homme attend
Son sac entre les jambes, le train qui, enfin
L’emmènera vers quelques uns des siens.
A moins qu’il ou elle n’aille rejoindre
Sa ou son amoureux en hâte de l’étreindre.
Tout cela fourmille presque machinalement.
Il y a aussi des séparations, presque des adieux
Qui se lisent en pleurent aux creux des yeux.
Ce sont les égarés qui livrent aux froids serpents
L’autre à la distance mangée par le wagon.
Ils font durer cet instant sur le bord du ponton
Sur le quai ou sur la marche, ils s’accrochent
Au train de leur vie qui les arrache à leur proche
Et bientôt la voie vide pèsera de tristes reproches
De possibilités inaccomplies, de rêves inachevés.
Celui qui reste redescend sur la terre de bitume
La tête basse, le cœur ferraillé d’amertume.
Il ou elle retourne à la ville pour s’y noyer
Espérant un demain comme un hier retrouvé.
Pendant des heures j’ai regardé cette danse
Où les voyageurs comme des ombres
Courent, paniquent ou volent en trombe
Vers un horizon, un ailleurs sans silence.
Ils semblent fuir la ville ou une vie trop vagabonde.
Certains cependant demeurent d’éternels spectateurs
Ils resteront à jamais privés de cette étrange ronde
De cette frénésie collective des départs et des arrivées
Des rendez-vous dont chacun fut un jour acteur.
Ce sont les voyageurs statiques tristement attachés
Aux murs de la gare, devenus gris sans rien faire.
Ce sont les ombres, aux regards vides de tout horizon
Qui ne possèdent pour billet que le fond d’un flacon.
Il ne faut pas s’arrêter dans les gares sans le vouloir
Et même ce sentiment paraît sans raisonnement
Sans justification qui ne soit autrement que dérisoire.
S’arrêter dans ces couloirs sauf pour un moment
C’est à jamais s’asseoir sur une vie pleine d’espoir
Sur une action dont on deviendrait le chef de train.
La vie est un train sans rail qui peut voyager
Là où l’âme et le cœur trouvent l’énergie pour rêver.
Un déraillement parfois cause un profond désarroi
C’est une montagne qu’il faut alors contourner
Ou creuser en tunnel, se faire petit et passer.
Souvent mon train a heurté d’abruptes parois.
Les gares ne sont que des lieux de passage.
Ils doivent le rester parmi nos paysages.
Je suis resté un certain temps, assis,
Mais l’espoir a fonctionné et je suis reparti.
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