Extrait de la dernière histoire : Le moulin de Saint Roch


       Toi qui va quitter cette demeure  

Toi qui y vit tes dernières heures 

Tu respectas et aimas ce lieu, 

Trouve derrière ce Saint son adieu. 

 

Depuis la construction de cette demeure 

Peu trouvèrent cette cachette et sa mémoire. 

Ces quelques voyageurs ont eut l’honneur 

De laisser un peu de leur propre histoire. 

 

Les souvenirs sont parfois douloureux 

Pour voyager loin il faut être heureux. 

Laisse au Saint pleures et chagrins 

 

Dans sa cachette il en prendra soin. 

La maison te laisse lire et partir 

Mais laisse ici sa mémoire sans la trahir.

Les Secrets de Saint Roch

 

   J’ai fermé les volets, les rideaux sont tirés. Dans la cheminée les cendres ont été retirées, et l’âtre nettoyé. Le moulin, cette maison de campagne où il y eut fêtes et rires, parfois des pleurs, où il y eu de soleil et de la neige, vit ses derniers instants, Bientôt de nouveaux propriétaires vont le  ressuscité. Je ne reviendrai que pour signer les papiers officialisant la vente, l’acte de décès en quelques sortes. Les déménageurs viendront prendre les restes, le mobilier allant au garde meuble. La page sera définitivement tournée. Comme des dernières traces de cet instant de vie, la coupure de l’eau, de l’électricité dont la modernisation avait coûté si chère et du gaz apporteront demain leur coup de grâce. Comme un malade le corps principal, la grande bâtisse sera débranchée. Les derniers craquements de plancher marquent les sanglots des pièces désormais laissées presque vides.

Dehors les grands peupliers balancent les bras pour un ultime au revoir. A leur pied la rivière, court d’eau de fin d’été, humblement s’écoule en respectant presque le silence.

 

Je pensais tout connaître de ce vieux moulin à eau, de son parc, de son ruisseau. La demeure au long de ces quelques années de ludique collaboration m’avait offert tous ses petits secrets dans ses recoins cachés. Les endroits, où l’on peut surprendre les poissons, rencontrer l’écureuil et les oiseaux. Les lieux où la lumière joue discrètement avec les arbres et ouvre une porte dérobée en un clin d’oeil complice sur la vie et la faune. Je pensai tout connaître de ces pièces qui à notre première rencontre m’avaient semblées si nombreuses et si grandes. J’avais visité et dormis dans ses six chambres, profité de ses deux salles de bain, couru, jouer et étudié dans ces salons. Mais il y a deux semaines cette vieille complice me fit son dernier cadeau. Dans un ultime geste pour me retenir et ne pas rompre.

La statuette de saint Roch, que je n’avais jamais touché, était restée protégée dans son alcôve par une espèce de grille. La clé qui l’ouvrait avait réapparu dans le fond d’un tiroir de la grande pièce quelques jours après mon arrivée. J’avais décidé de bouger la représentation du saint des voyageurs pour la débarrasser de ses toiles d’araignées et de la poussière que le plumeau ne parvenait plus à atteindre. Je déposais le personnage d’une manufacture peut remarquable et entrepris le ménage. Il fut rapide mais alors que je m’attachais au nettoyage de la mosaïque qui en tapissait le fond, je fis tomber un carreau. Pour le rattraper avant qu’il ne se brise, je renversais également la statuette. Le socle s’ouvrit, me réveilla un papier plier en quatre, jauni par le temps et une petite clé. Le morceau d’émaille me cachait un petit orifice, une minuscule serrure.

 

Le papier était un message à l’attention des voyageurs sur le départ, une prière ou un au revoir.

 

« Toi qui va quitter cette demeure

Toi qui y vit tes dernières heures

Tu respectas et aimas ce lieu,

Trouve derrière ce Saint son adieu.

 

Depuis la construction de cette demeure

Peu trouvèrent cette cachette et sa mémoire.

Ces quelques voyageurs ont eut l’honneur

De laisser un peu de leur propre histoire.

 

Les souvenirs sont parfois douloureux

Pour voyager loin il faut être heureux.

Laisse au Saint pleures et chagrins

 

Dans sa cachette il en prendra soin.

La maison te laisse lire et partir

Mais laisse ici sa mémoire sans la trahir. »

 

La clé avait roulé quel que part, il me fallait la retrouver. Je soulevais les tapis, regardais entre les lattes clouées au sol. Je la trouvais entre les planches de escalier qui menait au premier étage. Enlevant les clous, elle gisait parmi la poussière et des restes de cartes postales. Celles -ci représentaient le moulin à différentes époques. On pouvait y voir les différentes étapes de sa construction, l’arrivée du Saint.

 

En septembre 1985 mon père acquit une maison de campagne dans le Berry. Il faisait un retour aux sources. Ses parents étant originaires de la Creuse, il était à la recherche d’une maison, d’un moulin qui lui rappellerait son enfance et ses pèches miraculeuses. Un jour qu’il nous expliquait la technique pour tendre des cordes, il nous racconta une histoire. Il avait attrapé une anguille si grande que, lasser de tirer sur le corps du poisson pour le faire entrer dans la barque, il le coupa en deux et rentra. Le lendemain un ami vint lui rendre visite. Mon père lui décrit son aventure. Cet ami à la fin de l’histoire fit un grand sourire et se dit rassuré. Il venait d’attraper l’autre moitié. On fait toujours confiance en ce que nous content nos héros, j’ai cru cette fable un certain nombre d’années.

Il lui fallait donc une rivière, à ma mère un jardin et pour nous un terrain de jeu. L’harmonie fut trouvée au bas d’une colline où siégeait une bâtisse rectangulaire, deux dépendances dont une avec deux boxes pour des chevaux, deux bras de rivière et deux champs dont un avec une grange. Sous un préau dormait depuis certainement longtemps une vieille carriole à chevaux. Son réveille n’était pas prèt de sonner ses énormes roues en bois servant de portails. Les chevaux eux aussi avaient disparu et la paille dans la grange nous aurait fait un excellent terrain de jeu si les guêpes n’y avaient pas fait leur nid.

Le corps principal semblait avoir été construit en plusieurs étapes. Les pièces sertissant la roue paraissaient avoir presque deux siècles. D’autres pièces furent construites pour abriter le meunier. Aujourd’hui encore les chambres principales occupaient cet espace et les mécanismes et sa meule avaient été remplacés par une cuve à fuel. Plus tard ce qui devint la cuisine et la salle à manger fut rajouté.

Au deuxième étage se trouvait une immense salle aux pavés noires et blancs. La cheminé pouvait contenir des bûches en réserve de près d’un mètre cinquante et laisser suffisamment de place, dans le foyer, pour griller un cochon de taille raisonnable ou un mouton à la broche. Un soufflet de maréchale ferrant d’un mètre de large et de deux de long, attisait le feu. Sa chambre à aire devait avoir été faite dans la peau d’une vache entière. Nous pûmes accueillir dans cette salle soixante dix personnes assises pour une fête.

En dehors de cette pièce il y avait deux chambres, une salle de bain et une cuisine contenant un lit, des armoires, une table transpercée par un pilier. On pouvait y déjeuner à vingt sans problème. Enfin une mezzanine couronnait le plafond. D’un côté il y avait un lit que nous voulûmes occuper et en face un billard français avec tout le matériel. Nous passâmes un temps certain autour du tapis vert mais jamais l’un d'entre nous n’osa occuper le lit. Les murs, le toit craquent constamment. La nuit les fantômes envahissaient l’espace. Le sommeil était impossible avant les premiers rayons de soleil.

Nous avons rapidement fait connaissance avec les différentes salles. Le parc restait à découvrir. La rivière et le bief créaient une île magique. Les roseaux ondulaient au grès des vents et dessinaient des danses mystiques sur les eaux. Les rayons de lumières parmi les feuilles découvraient une vie riche et surprenante. Anguilles, poissons de toute sorte habitaient le lieu. Les rats gondins avaient construit des hlm tout les long des rives. Après la roue le courant se faisait plus discipliné. Les algues d’un vert hypnotique ondulaient calmement. J’ai vite pris l’habitude de les regarder se mouvoir, à l’abri de deux bosquets de noisetiers. Parfois des truites rompaient cette cérémonie apaisante.

Les premiers travaux apparurent l’été suivant. Le potager fut retourné et remplacé par une pelouse qui, ont l’espérait, deviendrait l’équivalant de certains espaces verts britanniques. Quelques vieux êtres furent également coupés. Ils devenaient dangereux pour la toiture neuve. Enfin, ont profita du niveau bas de la rivière pour couper complètement le courant et la draguer. Une motte de terre fit barrage au niveau de la petite île et l’on attendit l’assèchement. La vieille roue fut également remplacée. Un ami de la famille devait faire abattre des chênes. Le bois fut envoyé chez un charpentier qui oeuvra magnifiquement.

Mon travail consistait à vérifier le mur soutenant le pont devant la roue. Je grattais la mousse, enlevait le ciment pourri et le remplaçais. C’était un travail intéressant parce qu’il se faisait à l’ombre et au frais. C’est un avantage certain en été. Il offrait également une vision particulière de la rivière, du moulin et de sa roue et des poissons prisonniers des flaques d’eau. Pour rompre la monotonie du grattage j’en attrapais un ou deux pours les mettre de l’autre côté de la roue ou l’eau avait creusé et restait plus profonde. De cette place et proche de la fenêtre donnant sur la roue je pouvait voir l’escalier où, sans que je le sache, la clé avait roulée.

 

Je repris la clé, redressai les clous, et fixai sans trop de marque les planches de l’escalier. Au préalable le images furent mise dans une boîte métallique et replacées dans la cavité des marches.

La clé ouvrit, non sans un cri de rouille réticente, la porte de mosaïque et me laissa découvrir pelle melle, en plus de la poussière, des photos et des papiers, papiers tamponnés à l’allure officiel et du courrier. Je trouvais également une paire de gants noirs et un blanc ainsi qu’un collier d’appareil photo. Il résidait dans cette cachette quelques vieilles photos en noire et blanc. Le blanc était plus tôt jaune en faite. Elles témoignaient de jours heureux passées dans cette demeure. Des mariages et des anniversaires y avaient été célébrés. Les images de personnes seules montraient un noir obscur notamment dans leurs vêtements. Leur visage semblait gris et fatigué. Les yeux, leur regard appelaient la lumière des jours de fêtes mais ne recevait que de l’ombre d’une grande solitude ou d’une grande tristesse. Ils étaient perdus fixant le vide de l’objectif.

Je pu déterminer trois tas différents de photos et presque autant pour le courrier en fonction des noms et des signatures. La plus ancienne pile datait du début du vingtième siècle. Le minotier possédait quelques vaches. Son épouse créât cette cache pour protéger le souvenir de son mari parti sur le front. C’est également elle qui avait apparemment écrit le message. Une lettre griffonnée en hâte sur un bout de papier avait dû prendre l’eau. Des traces de pluie empêchaient une lecture fluide et quelques mots manquaient. L’époux avait envoyé des indications pour la bonne tenue de la roue et du mécanisme servant à moudre le grain. La lettre s’achevait par « Si je ne reviens pas arrête la roue, vend tout et va chez ma mère » Ypres le 21 avril 1915.

Sur la deuxième feuille la femme expliquait que son départ étant imminent cette cache deviendrait une espèce de sanctuaire à l’usage de l’oubli. Tel était le sens de premier message découvert hors de coffre. Ainsi avait-elle laissé la missive de l’armée Française que beaucoup de veuves reçurent jusqu’au 11 novembre 1918. Le document officiel était daté du 23 avril 1915. Derrière une photo était écrit « Veille du départ 18 janvier 1919 ». La femme était en noir. Sa main gantée de la même couleur tenait un enfant de 5 ou 6 ans.

 

Le deuxième groupe se composait de nombreux courriers échangés sur probablement cing ans. Il y avait trois photos qui se rattachaient assez bien avec ces textes. Une famille avec un fils unique et un couple puis une femme seule encore en noir. D’après les papiers, l’homme avait acheté la maison pour sa femme. Il lui avait construit la grande pièce pour des réceptions. Lui ne venait que pour et pendant la chasse. C’est à l’occasion d’une de ces visites que la photo de famille fut prise. Le jeune homme au milieu devait être le fils. Le garçon regardait l’objectif avec un air peu enjoué. Il avait certainement du le forcer un peu pour le faire poser. L’homme, le père, regardait son fils avec le regard de celui qui va en demander beaucoup parce que très optimiste pour son avenir. Avec un peu de chance le fils aura suivit son destin, sans, il sera devenu médecin ou aura repris l’affaire familiale. Pour le moment l’uniforme le disposait à une carrière militaire très précoce ou à une école privée, une pension. La femme regardait soit le fils d’un air inquiet soit l’époux d’un air mécontent. La qualité approximative du photographe ou un incident parvenu au moment du développement avait rendu flou son visage. Peut-être avait-elle tout simplement tourné la tête au mauvais moment. Aucune date n’était inscrite au verso des images.

La correspondance semblait indiquer une certaine inquiétude de la part du mari pour sa femme. Celle–ci semblait montrer une lassitude permanente ce qui avait poussé l’homme à l’envoyer à la campagne pour organiser sa vie autour d’une production de farine locale, loin de la ville ou pour mener une vie de bourgeoisie provinciale.

La dernière lettre était celle d’un avocat stipulant les accords finaux d’un divorce. Elle gardait le moulin, percevait un dédommagement parce qu’il reconnaissait ses tords. En accord avec l’avocat de la partie adverse, le désormais ex-mari rachetait les parts de l’usine qu’elle détenait. Cela devait lui garantir un niveau de vie suffisant pour refaire sa vie.

Ce que je ne comprenais était cette troisième photo. Je la classais à la même époque à cause des bâtiments du fonds. Elle était collée légèrement de travers sur une feuille un peu trop grande. Un rayon de soleil qui traversa un nuage et la fenêtre démontra qu’un texte était derrière. Le temps passé avait collé l’image à la lettre à qui trouverait la cachette. La photo représentait la femme sur départ. Elle se remariait avec un ami d’enfance. Il était ingénieur et partaient tous les deux pour Mururoa. Les voisins avaient sa nouvelle adresse à l’attention du fils qui n’avait pas donné signe de vie depuis quatre ans, depuis le divorce. C’était le 24 juin 1968, elle bloquât définitivement la roue.

 

Les derniers souvenirs concernait un homme qui voulu quitter le monde des affaires ou tout du moins celui de l’entreprise et de la ville. Il s’était marié jeune avait eu un enfant. Des voyages l’avaient emmené au quatre coins de la terre, un nombre impressionnant de photos en témoignait. Mais de sa fille il ne posséda qu’une photo d’elle petite. La seule trace de la présence du voyageur au moulin était celle d’un vieil homme barbu, sur un ban à côté de la roue. Cette dernière semblait déjà dans un état de fragilité importante. Quelques pales manquaient à son râtelier, la chaîne la bloquant était déjà bien rouillée. Chose amusante, il portait la petite clé autour du cou. La photo portait l’écriture d’un texte explicatif succin. L’homme avait misé sur l’argent et le pouvoir toute sa vie. Mais à la fin de celle-ci, il s’aperçu que la véritable valeur, capable de passer le trou noir de la tombe était l’amour. Le seul qui lui restait était celui de sa fille qu’il n’avait pas revue depuis plusieurs années. Sa femme avait fuit avec elle pendant une de ses expéditions ou un de ses voyages d’affaire interminable. Divorcé rapidement elle avait décidé de rompre totalement avec cet homme. La photo fut prise par sa fille qu’il venait de retrouver. Tous deux s’étaient assis sur ce même banc. Ils s’étaient expliqués et surtout s’étaient retrouvés. Deux jours plus tard le vieil homme pris d’une violente migraine s’endormit. La jeune fille raconte qu’un sourire merveilleux inondait de vie le visage de son père. Elle refermait les secrets de Saint Roch suite à la cérémonie et emmenait la dépouille de son père retrouvé avec elle. Elle laissait les images, ses rêves de retrouvailles et n’emportait que les souvenirs de cette discussion sur le banc. Elle partait en reportage au Viêt Nam. Février 1966.

J’avais balayé presqu’un siècle d’histoire, d’histoires discrètes de famille et d’amour. Des amours perdus, d’autres qui naissent et d’amour retrouvés. Le saint des voyageurs surveillait ce petit trésor et protégeait peut-être encore ces personnes en voyage.

Il semble que nous cherchions tous un amour. Certain espère éternellement un grand amour, celui des comptes de fée. Mais il est un rêve et comme tout rêve idéal. Le véritable amour ne se rencontre que lorsqu’on l’a oublié. Certains ont la chance cependant de le vivre au quotidien parce que n’attendant plus rien ils l’ont trouvé. Pour d’autres c’est l’amour filial, le plus naturel et peut être le plus difficile. Nous ne connaissons malheureusement ce qu’il est vraiment que lorsqu’il s’éloigne. C’est un apprentissage redoutable auquel on ne peut ni ne doit échapper.

 

Pour ne pas interrompre la chaîne je finis ce soir et avant mon départ de rassembler quelques photos et des papiers. Des articles de journaux justifiant mon départ et quelques poèmes. Un jour futur quelqu’un trahissant le secret osera peut-être les publier. Je joins quelques photos, photos de fête, photos de famille avec mes parents et une de leur enterrement. Pour sauvegarder l’ensemble j’ai tout scanner et mis sur un disque laser. J’ai reposé les originaux qui finiront peut-être en poussière. Le tout a pris place dans une caisse et j’ai renfermé l’ensemble dans l’alcôve, replacé tout les gants et le collier, la clé et la lettre sous le socle du saint comme les autres les laissèrent. L’objet était un bout de corde avec lequel nous péchions, et une clé de voiture qui ne servira jamais plus.

La clé qui ouvra la grille et donne accès au premier secret, à la lettre de 1919 était depuis deux jours dans le tiroir où je l’avais trouvé. J’ai voulu ce matin jeter un dernier coup d’oeil à ces histoires. Elle n’y était plus.

 

Tôt dans le métro, ce matin
J’ai croisé un tendre parfum.
Dans la gare, deux jours plus tard
Il était de nouveau là, flânant au hasard.

C’est mon estomac vide, qui, le premier
Avait repéré sa douce écharpe dorée.
Mon nez ensuite l’a attrapé et mes yeux
L’on cherché, sans le voir, ne serait-ce qu’un peu. 

Les boulangeries à cette heure sont fermées
J’ai dû, d’un distributeur, me contenter
D’un café automatique à peine chauffé. 

Le pain ainsi que le croissant chaud et beurré
Sont restés derrière la grille hélas fermée.
Je suis parti le ventre vide mais envoûté.

Ce texte date d'Avril ou mai 2006.

 

Ce soir une valise abandonnée
Coincée dans des grilles de Jourdain
Rappelait ce que tous avaient craint.
Dix policiers, dix huit pompiers

Attendaient les démineurs expérimentés.
Pendant trois heures la station fut fermées.
Les amours sont semblables, piégées.
Malgré le nombre de prétendants aux alentours 

Tous observent l’objet de leurs péchés
Et la beauté de ses merveilleux atours.
Habituellement les gardes du corps sont là 

Les bons ou mauvais conseillés ne payant pas
La crainte de l’expérience vieilles blessures.
Absurde est la crainte car la valise est sure.

Je vous invite à lire la première partie pour que vous puissiez comprendre ce qui suit.

LES HOMMES B.I.C. partie 2


Elle remplit soigneusement sa fiche comme lors de ses nombreux examens, et réalisa les prélèvements. Une question demeura difficile à résoudre. Combien de cheveux laisser au sein de la société. D?un côté et malgré toutes les garanties, elle s?inquiéta à l?idée que cette souche d?ADN resta en liberté. De l?autre quel nombre de cheveux pouvait-elle laisser ? Il n?y avait qu?une seule prise possible et il n?était pas aisé de définir un nombre idéal de compagnons. Elle utilisa néanmoins l?option doute. Cette option résidait dans le faite que nombre de femmes avaient trouvé comme quasi impossible la détermination de ce nombre. Comment connaître le nombre de week-end, de jours de vacances et surtout d?amants avant d?arrêter ou de s?arrêter à un partenaire. Aujourd?hui on parlait plus d?un occupant dans ses temps libres. Le choix était donc laisser à la machine de prélèvement et à son algorithme. Une seule chose était certaine, le nombre de cheveux était compris entre un et mille. Pour plus de simplicité et de rationalité, la limite maximale avait été réduite par décret de loi à 250. Quelques une des premières femmes qui avaient utilisé cette option s?étaient retrouvées avec une moitié de crane mise à nue.

L?opération terminé, Borso réapparu un bref instant pour la remercier, lui donner les dernières informations sur la méthode et le fonctionnement. Dès qu?elle en aurait l?envie, elle n?aurait qu?à envoyer un mail avec son code. Elle préciserait le lieu et la date de rendez vous pour la livraison du produit. 24h était nécessaire pour la bonne marche du processus. Raccourcir ce délai était un  argument commercial pour la concurrence mais un fiasco. Le spécimen implosait avant la date limite, voir de manière inopportune. Certaines femmes restèrent quelque peu frustrées et le prirent très mal. L?argument commercial était quelque peu tombé à l?eau.

 

Thaliae rentra chez elle. Le temps avait passé plus rapidement qu?elle ne l?avait cru. Elle s?engouffra dans le métro un peu moins rempli que dans les jours de semaine. Rentrée chez elle, elle essaya de se concentrer sur son travail mais garda un goût amer. Sa matinée la laissait perplexe. Avait-elle bien fait ? Cet investissement lui serait il rentable. ? Que se passerait ?il si elle venait à être découverte par une rivale ? Elle accrocha son esprit à des problématiques simples et rapides à résoudre pour se lancer dans les véritables charges de travail. Elle ne s?arrêta qu?à la nuit tombée.

La livraison automatique avait permis de faire un plein dans le réfrigérateur et les différents placards. Elle n?eut que l?embarra du choix. Ce fut une omelette salade et un grand coup d?eau de javel sur tout ce qui avait servi. Elle prépara ses affaires pour ses déplacements de la semaine. La valise prête ainsi que les différents billets d?avion elle se prépara au sommeil. Avant d?éteindre son ordinateur elle relut ses mails.

Le temps passa et Thaliae réussit à se faire à l'existence de son dossier au sein de la société B.I.C.. Elle laissa passé du temps et par un après midi de début septembre elle reçu un mail. Le produit commandé quelques moi plus tôt était opérationnel. Elle pouvait en demander la livraison selon sa convenance. Le message était suffisamment discret pour passer inaperçu au milieu des messages de livraison via internet et assez précis pour que seule l?intéressée puisse comprendre. Elle accusa réception et renvoya sa décision au soir.

 

 

De retour chez elle, elle ne changea pas ses habitudes. Après une douche rapide elle passa des vêtements plus léger, brancha son portable et le connecta sur le réseau. Le message réapparu. Elle régla rapidement ses quelques taches, messages et confirmations de décisions et revint vers la l?avertissement.

Elle le relut, valida la provenance pour être certaine de ne pas faire d?erreur. Par la fenêtre quelques étoiles scintillaient au-delà des lumières de la ville. La lune dans ses premiers quartiers éliminait les autres. Du haut de son appartement qui dominait un maigre parc les ombres des arbres rescapés ressemblaient à de lourds rochers. La base des bâtiments plongés dans les ténèbres n?offrait presque aucune vision du sol. Ce vide la désola. Rien ne bougeait dans son entourage et ainsi peut-être était sa vie. Elle replongea regard vers l?écran.

Elle consulta son agenda. Le mois s?annonçait pour une fois sans trop de rendez-vous éloignés aux quatre coins de la planète. Dans le message était placé un mot que lui avait donné son contact. Elle devait le retourné, c'est-à-dire l?écrire à l?envers et renvoyer le message à son expéditeur. Un message d?excuse lui était immédiatement envoyé lequel lui servait de clé pour accéder à une page de bienvenue. Elle devait entrer son mot de passe dans une case choisie lors de la commande pour accéder à la page de lancement de production d?une unité. Le rendez-vous et le lieu furent fixés dans la foulé.

Elle se décida le lendemain pour le vendredi soir. Un rendez-vous sur les quais lui paru l?idéal. A ses yeux, cela possédait un semblant de romantisme presque antique pour une entrevue avec un homme presque inconnu.

Les deux jours passèrent avec un surcout de travail. Elle dû se libérer suffisamment de temps pour profiter pleinement de sa soirée. Elle prétexta un rendez-vous le jour même vers 16h. Cela lui laissa la latitude pour passer chez son manucure et son coiffeur. Elle passa également rapidement chez l?esthéticien. N?ayant pas pu s?occuper d?elle véritablement depuis plusieurs mois elle se sentit revivre. Comment elle expliquerait ces changements au bureau devinrent la cadet de ses soucis alors qu?elle passait une robe noire et souple. Elle enfila une paire de chaussure à talon, remplit son sac de quelques ustensiles essentiels : carte de crédit, rouge à lèvre, cigarettes et briquet. Elle se regarda une dernière fois dans son miroir, prit une grande bouffée d?air. Ce qu?elle voyait dans la grande vitre l?étonna. Elle n?avait pas mis cette robe depuis longtemps - la fin de ses études peut-être ou la soirée de sa dernière promotion ? elle ne se rappelait plus. Le passé c?est le passé se dit-elle, il faut toujours regarder devant. Oui toujours devant se répéta t-elle. Elle prit ses clés et claqua sa porte. Une voiture l?attendait en bas de chez elle noyée dans l?ombre.

Je l?avais croisée ce soir là alors que je remontai chez moi. Elle m?adressa un regard timide et confus comme une petite fille ayant été prise en flagrant délit. Elle rentra très tard je pense car je ne l?entendis pas remonter dans l?escalier. J?imagine sa première rencontre. Un homme l?attendait au pied d?un des arbres des berges. Habillé dans un costume noir, peut-être avec un bouquet de fleurs dans les mains, il devait attirer les regards des passants. Il était devenu tellement rare de voire un homme attendre une femme dans une évidente démarche de séduction. Je me demande néanmoins quelle fut la première phrase qu?il prononça. C?est toujours important la première phrase. Il dû en trouver une bien pour que la nuit se soit prolongée ainsi. Ils ont dû marcher un peu au bord de l?eau puis trouver un restaurant. Selon le budget définit lors de la création du dossier, ils seront allés dans un bon restaurant. Apéritif et vin pendant le repas furent certainement consommés. Cela lui permettait de se détendre véritablement sans pour autant la souler complètement. Le repas achevé, ils repartirent dans une autre direction. La voiture les récupéra plus loin et les ramena jusqu?à l?appartement peut-être. Passèrent-ils tout de suite par la case hôtel ou celle de sa chambre à coucher. Je ne sais pas.

Le samedi elle se leva un peu plus tard que d?habitude et ne prit le chemin de son bureau que vers 10h. Le ciel était dégager et déjà un peu frais. Elle avait un sourire léger et en coin repensant peut-être à sa soirée et à cet homme qu?elle avait rencontré. Elle avait d?ailleurs oublié pendant la soirée, pendant l?espace de quelques instants, que ce n?était pas un véritable être humain mais un homme BIC. Est-ce possible qu?il fut si réel, qu?il puisse connaitre tant de choses, qu?il semblait avoir vécu tant d?expériences pour ne vivre que 24h ? Je pense que c?est à ce moment là que chaque femme ayant fait appel à ce service devenait accro. Elle ce fut pire et incontrôlable.

 

Elle ne reprit pas contact avec la société tout de suite. Elle laissa l?expérience intégrer son esprit petit à petit. Dans le mois de septembre elle ne s?autorisa qu?une soirée. Le mois de novembre fut un peu plus festif, elle fit appel deux fois à la société de service. Ses traits s?étaient pendant ce mois moins creusés que d?habitude pour une personne de son âge et de sa fonction. Son sourire était devenu un peu plus systématique et sa démarche un peu plus assurée. Toujours nerveuse, elle semblait néanmoins s?être un peu détendue. Décembre arriva très vite et avec lui le simulacre de fêtes de fin d?année qui ne trouvaient d?intérêt que dans les primes et les cocktails servant de préambule à d?éventuelles mutations ou promotions. Elle sortit trois fois. Prit-elle son homme B.I.C. sous le bras pour faire bien lors des soirées ou prit-elle le parti d?y aller seule pour marquer son indépendance, je ne peux le dire.

Elle partit en vacances quelques jours en janvier et revint pleine d?énergie. Elle s?autorisa un dîner rapide chez moi à son retour. Ses réserves étaient vides du simple fait qu?elle avait suspendu ses livraisons. Son esprit était clairement ailleurs et ne resta pas longtemps. La reprise c?est dur, me dit elle. Il ne faudrait jamais partir.

Janvier et février se passa avec acharnement. Avait-elle oublié ses réserves de décompression, cherchait-elle à confirmer ses chances de progression dans la société ? Difficile de la dire mais il est certain que quelqu?un devait lui suspendre une carotte devant son nez. Les soirs et les week-ends furent laborieux. Mars lui tendit les bras et elle ouvra les siens deux fois. Son compagnon d?un soir vint la chercher trois fois. Les lendemains elle prit même le temps d?une grasse matinée et traina en robe de chambre jusqu?à 11h. Elle sauta néanmoins dans un habit de travail jusqu'au soir. C?est là probablement qu?elle perdit pied.

En très peu de temps son train de vie explosa ne dormant que quelques heures seulement. Elle ne rentrait presque que pour se changer après une rapide toilette. Elle alternait sortie et travail. Au début elle semblait comme poussée par une énergie intarissable. Elle souriait sans cesse, courait dans tous les sens, riait et reprit le sport en salle. Entre chaque voyage elle s?organisa plusieurs soirées dans la même semaine.

 


Ce matin, la lune en accroc d’argent, perçait
Les voiles d’un ciel rose et bleu trop frais.
L’hiver arrive enfin et avec lui le gèle
Qui filtrera nos matins de couleurs de perles. 

Les nuages teintés de mousse d’opale,
Suspendus dans les profondeurs d’un bol bleu pale
Reflétaient, frêle, la chaleur des rayons.
La terre exhalant des allures de charbon 

Aux endroits dénudés, sans herbes, élevait
Des fumaisons de cheveux gris et vaporeux.
Ce petit cadre onirique introduisait
La robe et les yeux d’un petit faune heureux. 

Sans bruit, le chat dandinait son manteau gris
Sur le sillon étroit de béton du parvis,
Ses babines anticipant le repas, ravies. 

Les mouettes sont là. Sans elles la mer n’est pas.
Elles portent dans le vent le blanc de leurs ailes
Jusqu’au firmament de l’horizon éternel.
En majestueux pantin, planant sur moi 

L’oiseau monte et descend au bon vouloir des vents
Une brise la berce, juste en passant.
Un coup d’aile ou de queue par moment les bouscule
Transformant du coup leur envole en virgule. 

Elles s’agitent, se rattrapent et enfin reprennent
Leurs vols paresseux aux destinations lointaines.
J’envie ces mouettes jusque dans la tempête, 

Qui, au-dessus des nuages et des crêtes
Garde la chaleur du soleil dans leur plume.
Et moi, tout en bas, dans le froid, je m’enrhume.

A quand la neige, à quand les boules
Quand vont apparaître les reflets d'argents
Des guirlandes au-dessus de la foule
A quand la longue liste des enfants? 

Bientôt sans doute car déjà un parfum vert
A certains coins de rue occupe le pavé.
Un amas de robes sombres, à couvert,
S'appuie sur une vitrine déguisée. 

Quelques badauds aux écharpes allongées
S'arrêtent pour estimer ou pour regarder
L'arbre décapité, le prix de sa tête. 

Ce week-end, peut-être décidés, ils verront
Quel beau trophée ornera leur salon.
A quand ces fameuses soirées de fête?

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