Le regard de l’homme assis est immobile.
Devant lui, la vitre montre, fébrile,
Les hoquets futiles d’une ligne d’horizon
Qui souhaitait attirer son attention.
Le train parcourt un paysage automnal
Trop lent, le temps aussi, s’écoule, banal.
Quelqu’un dans le wagon ouvre une mandarine
De son parfum, envahissant ses narines,
Naît un souvenir d’une douceur enfantine.
C’est celui d’un Noël lointain qu’il devine :
Un goûter au chaud que rapidement on abrége
Pour un bonhomme tout blanc et son chapeau beige.
C’est le souvenir d’un fruit discrètement
Glissé dans une poche par une maman.
C’est l’arôme sucré naissant de doigts gelés
Et d’un liquide froid bien vite asséché.
Les doigts sont raidis, mais le parfum sucré
Fait oublier le gel mordant, la goutte au nez
Et la nuit qui arrive en mauvaise surprise.
Hors du train, le ciel aussi perd son irise.
Un appel extrait l’homme loin de son rêve
L’annonce d’une gare, dans le temps, une trêve.
Les lueurs tristes de la gare éclaboussent
Le train contrarié par d’impromptues secousses.
L’homme baille et se lève. Son errance achevée,
Il saisit son grand manteau d’un noir délavé.
Sur le quai un autre froid austère le saisi
Au col relevé sur des épaules qui fuient.
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