Partager l'article ! Rentlau et Tialaeti (partie 1): Rentlau et Tialaeti L’origine des roses et des couleurs A l’ ...
Rentlau et Tialaeti
L’origine des roses et des couleurs
A l’origine, le monde était simple. Les hommes s’étaient organisés en petits villages et commencèrent à vivre en paix. Il y avait peu de couleurs. Le monde n’était pas en noire et blanc, non, mais la nature n’avait pas pris le temps de compléter sa palette. Chaque élément, chaque personnage de la création continuait à travailler à la réalisation du grand œuvre.
Parmi ces quelques villages, il y en avait un. Pas plus grand que les autres, pas plus petit non plus, pas mieux placé par rapport aux ressources. Il était là parmi les autres bordant simplement une grande forêt. Les hommes n’en avait pas fait tout le tour ni n’avaient découvert tous ses chemins. Les villageois avaient à ses abords, créé leurs champs, disposé leurs maisons et leurs jardins.
Tous les villages possédaient la même structure de sorte que chacun pouvait facilement se repérer en voyage. Constitué sous la forme d’un cercle coupé par deux routes perpendiculaires, les rues formaient des cercles comme un labyrinthe simple. Au centre se trouvait la maison du village nommée la Grande Maison. Elle occupait différentes fonctions selon les heures de la journée et les jours de la semaine. Au centre de la Grande Maison se trouvait une place, sur cette place, le jour une fontaine, le soir un foyer qui éclairait jusqu’aux murs. Marché, lieu de rencontre, point de rendez-vous, taverne, c’était le centre de vie de chaque village. A l’étage et sous les toits des espaces étaient aménagés, soit en réserves soit en chambre et la Grande Maison devenait ce que nous pourrions appeler aujourd’hui, une auberge. Le plus souvent et en fonction du nombre d’enfants, certaines salles occupaient la fonction de lieu de transmission.
La vie s’écoulait et le village croissait tranquillement. La population œuvrait, chacun à sa tache et chacun conservait sa place. Au milieu d’elle vivait une femme. Simple dans ses manières, discrète mais sincère dans ses relations. Elle eut un jour un garçon. La grossesse fut sans faits marquants mais l’accouchement fut surprenant. L’enfant naquît avec les mains d’une couleur presque inconnue. Elle était proche de la végétation qui pousse au raz du sol ou de celle des feuilles après la saison du froid. Sa mère pensa que ce n’était pas important et que cela passerait avec l’âge, mais il n’en fut rien. Plus le garçon grandissait, plus ses mains imposaient cette presque nouvelle couleur. A l’âge où il est tant d’apprendre et de se mélanger aux enfants, elle eut un doute. Fallait-il le présenter aux autres ou le cacher.
Il était de tradition dans chaque village, que la mère présente son enfant l’âge de trois ans. Le moment venu et les ainés vinrent chercher l’enfant. Elle les accueillit avec cordialité mais un peu gênée. Elle qui toujours fut si courtoise parut étrange, et le plus vieux des vieux lui en demanda l’explication. Elle montra l’enfant. Chacun le regarda, amusé de ses premiers mots et par ses yeux curieux des nouveaux visages. Il ne semblait pas timide et portait la douceur des traits de sa mère. Mais lorsqu’elle montra les mains, ils furent tous surpris. Un long silence s’installa. Le plus vieux dit :
- « Nous ne savons pas tout mais nous pensons que tout à sa raison. Nous ne pouvons cacher l’existence de cet enfant. La raison de ses mains viendra avec le temps. Présentons-le. » Ainsi fut fait et l’enfant quitta sa mère pour sa première journée à la grande maison.
Les enfants sont joueurs, parfois curieux, mais très tôt moqueurs. La première journée se passa assez mal. Les autres rirent à la vue de ses mains et l’enfant fut vexé. Lorsque les veux demandèrent le nom que devrait porter l’enfant, la mère dit : « Puisque chaque chose possède sa raison je pense que Rentlau serait judicieux. » Dans le langage des anciens ceci voulant dire mains couvertes. Le plus vieux réfléchit puis sourit. Cela peut être intéressant, dit-il, de mettre en avant sa spécialité. « N’est-ce pas pour cela que nous présentons les enfants à leur premier âge de raison ? Il en sera ainsi et ton fils s’appellera Rentlau. »
Une autre enfant fut présentée. Au grand étonnement de la mère du petit garçon, c’était une petite fille aux cheveux sombres comme la nuit mais aux yeux comme le ciel d’été. Elle était, elle aussi, mal à l’aise de présenter une enfant sortant à ce point des autres. Elle était pleine de douceur et son regard exprimait une certaine vivacité. Mais ces yeux étaient comme le ciel alors que tous avaient les yeux marron. Sa mère annonça son nom : Tialaeti ou le ciel est dans ses yeux.
Leur premier jour se passa dans le silence mais les suivants furent difficiles. Tialaeti, elle suscitait de l’intérêt car les autres enfants étaient devenus sensibles et curieux de ses yeux. Elle avait appris à les utiliser et la solidarité féminine fit qu’elle trouva rapidement de l’appui en cas de raillerie. Rentlau, lui, devint renfermé et solitaire car ses mains faisaient peur. Les autres enfants avaient commencé par se moquer et à la longue étaient passés à d’autres jeux.
Sa mère s’inquiéta et les vieux laissèrent faire. Ils dirent que tant qu’il n’aurait pas trouvé, par lui-même, la raison de cette différence, il ne trouverait que difficilement sa place. Au moment il l’aurait trouvé, son monde s’en trouvera changé.
Le temps passa et il eu 5 ans. Il passait la plus part de son temps dans la maison de sa mère et surtout se mit à découvrir le jardin, derrière la chaumière. Ce n’était pas un grand jardin. Il était entouré par une palissade de bois à claire voie et une petite porte au fond permettait de se diriger directement vers la forêt.
Secrètement et discrètement il multiplia ses visites dans la forêt. Aux abords dans un premier temps, puis il prit son courage. Au fur et à mesure, il pénétra plus profondément. Il regardait, écoutait, sentait ce paysage presque inconnu et de moins en moins inquiétant. Une voix semblait l’appeler il fallait qu’il découvre de plus en plus les ombres des grands arbres séculaires. Il comprit également comment déchiffrer la croissance des arbres. Lorsqu’au pied d’un grand une pousse naissait, la similitude des feuilles l’invita à comprendre.
Sa mère s’aperçu de ces disparitions et inquiète fini par lui interdire ces pérégrinations. Il rusa, mais ne pouvant pas se priver de la forêt, il décida de la transporter chez lui, dans le jardin.
Cela commença par quelques pousses, quelques arbres, quelques fleures. La première année le jardin prit une nouvelle apparence. Des couleurs, des feuillages, des senteurs naissaient. Une nouvelle géométrie également et tout cela de façon subtile, quasi indicible. Sa mère n’y prêta pas attention. La deuxième année, l’ensemble devenait structuré selon un plan de circulation. Ceci donnait l’impression de voyager entre ombre et lumière selon les moments de la journée et de cette année. Le jardin prenait discrètement un nouveau visage. A chaque absence de sa mère il partait et revenait avec une découverte. Le jardin petit à petit s’emplissait. Les gents passants à proximité commencèrent à regarder les changements. A chaque saison tout devenait resplendissant. De plus en plus les plantes se mélangèrent. Rentlau observa ces changements et fini par en comprendre le système. Il réalisa lui-même les mélanges cherchant les fleurs, les senteurs et les couleurs différentes.
Arrivé à l’âge de quinze le jardin était devenu un point de rendez-vous. Les habitants du village venaient voir les nouvelles surprises qu’il offrait. C’était à chaque fois un enchantement. La notoriété dépassa le village, puis les villages aux alentours. Tous autour de la grande forêt connaissaient dorénavant le jardin et la curiosité de l’enfant aux mains couleur de l’herbe. Tous avaient pu découvrir au moins une fois, une saison, les éclats et la surprise à la lumière de vibrations inconnues. Les parfums également que déployaient, les végétaux, grâce aux croisements étonnaient, enveloppaient enivraient même parfois les visiteurs. La petite porte demeurait en permanence ouverte.
Un jour vint une dame âgée. Sa tenue était étrange, ses manières étonnamment délicates. Elle semblait se déplacer en frôlant l’herbe. Elle caressait les plantes qui donnaient l’impression de frissonner sous ce geste. Lorsqu’elle humait le parfum d’une fleur, celle-ci paraissait se courber pour atteindre son nez ou se baisser si elle était sur une branche haute. Elle demanda à Rentlau de l’accompagner à la découverte de son espace végétal et de lui expliquer comment il avait fait.
- « Je ne sais pas trop, j’ai parfois le sentiment d’être poussé pour croiser une plante avec une autre. Mes mains semblent même agir parfois toutes seules. Il me suffit de vider mon esprit et de regarder, de sentir et d’écouter. J’ai commencé à comprendre le fonctionnement et l’intérêt de certaines terres plutôt que d’autres il y a trois ans. Cela m’a permis de développer encore plus la résistance des plantes et d’imaginer d’autres croisements ».
La visite avec cette dame dura toute la journée. Elle ne cessa de l’interroger sur la source qu’il avait utilisée pour créer une plante, sur le type de terreau qu’il avait choisi, sur l’inspiration qu’il avait suivi. Avant de partir, elle lui demanda s’il avait donné un nom à ses plantes.
- « Non, je n’y ai pas vraiment pensé. Pour moi-même, si chacune possède ses propres caractéristiques, je préfère laisser les visiteurs les identifier. Lorsque tout le monde s’entend sur un nom je le garde. »
- « Il se fait tard, je vais devoir rentrer. Je te remercie pour cette visite. Je repasserai à la saison prochaine voir les nouvelles surprises que tu auras imaginées ».
- « Voulez-vous que je vous raccompagne un bout de chemin ? »
- « Rassurez-vous jeune homme je peux me débrouiller toute seule, et je ne voudrais que tu te perdes en rentrant chez toi ».
- « Vous habitez où, je connais très bien le village ? »
- « J’habite dans la forêt, en son centre en fait. »
- « Mais jamais personne n’a habité dans la forêt. Je m’y suis promené de nombreuses fois et je n’ai jamais vu personne. »
- « C’est pour cela que j’y habite, comme cela je suis tranquille. Bonne fin de journée mon garçon et à bientôt ».
La vieille dame poussa la porte, Rentlau la ferma. Il la suivi du regard et la vit disparaître derrière les grands arbres en bordure. Elle s’était comme évanouie, happée par la forêt. Il y eu beaucoup de visiteur en ce printemps. Un représentant de l’autorité locale vint quelques jours après cette rencontre. Il visita discrètement le jardin, regarda, huma, toucha puis se présenta. Il demanda un bouquet de certaines fleures expliquant que le bruit d’un jardin très particulier, voir extraordinaire lui était arrivé aux oreilles. Il lui fallait vérifier la véracité du fait puis en apporter des preuves jusqu’à la capitale. Ceci fait le prince de la région viendrait certainement en visite. Il lui paraissait intéressant de décorer le palais avec quelques bouquets pour parfumer les pièces. Sceptique Rentlau ne dit rien, sa mère sourit et salua l’homme à son départ.
Les jours passèrent, quelques semaines au plus. Le soleil d’été commençait à pointer ses rayons de chaleurs. Le jardin avait grandit, les fleurs et les fruits poussaient à foison. La vieille femme revint. Un grand manteau couvrait ses épaules. Il allait jusqu’à ses chaussures grossières, lourdes et couvertes de terre. On aurait dit qu’elle avait parcouru une grande distance en terrain battu par les vents et la pluie. L’habit était sombre et brute. Des taches de boue maculaient sa base et traçaient des étoiles sur ce ciel presque noir. Elle fit le tour du jardin et vint voir le jardinier un peu plus tard.
- « Ce que je viens de voir est vraiment intéressant. Je vous remercie pour ces trésors. Je vous propose en échange de ce petit moment de plaisir de venir voir mon jardin. Il y fait plus sombre, les arbres laissent passer moins de lumière. Je pense néanmoins que vous seriez intéressé. Souhaitez-vous le voir ? »
- « Avec plaisir madame mais je ne pense pas que ma mère voudra. Même si le soleil est encore haut je crains de ne pouvoir rentrer après son coucher. »
- « Ne vous inquiétez pas jeune homme, je vais parler à votre mère, restez là et nous partirons après ».
La femme se dirigea vers la mère de Rentlau qui était assise sur un banc, à l’ombre. La jeune femme voulu se lever mais la vieille dame l’en empêcha posant délicatement sa main ridée sur l’épaule. Elle se pencha vers elle et lui glissa quelques mots à l’oreille. La mère prit une attitude inattendue et très respectueuse en baissant les yeux pleins d’humilité. Elle adressa un sourire au départ de son ainée, à l’attention de son fils, lui indiquant ainsi sa confiance et son autorisation. La vieille femme s’adressa alors au jeune garçon.
- « J’ai tout arrangé avec votre mère ne vous en faite pas. Nous devons y aller à présent la route n’est pas longue pour quelqu’un de votre âge mais pour moi, j’ai parfois le sentiment que ma maison recule face à mon arrivée. »
Ils sortirent du jardin et s’enfoncèrent dans la forêt. Rentlau ne posa pas tout de suite de questions mais ne cessait de regarder cette dame dont, après tout, il ne connaissait rien. Elle avançait d’un rythme régulier, dodelinant joyeusement. Elle semblait à certains moment chantonner un refrain, à d’autres elle disait simplement « un jour je donne, un jour je prends, à moi de décider à qui et quand. » Elle s’arrêtait aussi pour regarder une feuille, caresser le tronc d’un arbre et leur parler comme à un vieil ami. Un sourire édenté éclairait en permanence son visage avec, dans le coin de l’œil, l’air malicieux de quelqu’un qui prépare un surprise ou un mauvais coup. La forêt répondait à ses avances, à ses signes et à son sourire. Le chemin suivait les troncs, les touffes d’herbage et les fleurs. La dame s’arrêtait au virage, au milieu des chemins clairs. Son parcours était comme fléché par ses rendez-vous avec les végétaux. Elle cheminait comme si elle était seule.
Au bout d’un long moment l’adolescent aux mains vertes commença à perdre patience. Il n’avait jamais pénétré la forêt aussi profondément. Les troncs étaient épais, les écorces profondes, marquées et la forêt sombre. Ces colonnes s’élevaient haut au dessus de lui, et la voute feuilletée couvrait l’ensemble du ciel dans une atmosphère pesante. La déclinaison d’ombre et de lumière, de vert, de noir et de marron était impressionnante pour ce garçon qui n’avait jamais quitté la lumière et les repères du bord de la forêt. Il finit par s’inquiéter.
- « êtes-vous certaine du chemin madame. Nous marchons depuis près de 2 heures et tout se ressemble. Nous avons prie tant de tours et de détours que je crains de ne pas pouvoir retrouver notre chemin si vous ne vous repérez plus. Je pense jusqu’à présent pouvoir nous reconduire au village, mais il y a si longtemps que nous marchons que je ne suis pas certain d’en retrouver le chemin. Je ne connais pas cet endroit et personne ne passe jamais par là. Les autres villageois craignent la forêt. Non sans raison puisqu’il est facile de se perdre. Voulez vous que nous rebroussions chemin pour assurer notre retour. Nous pourrions faire une autre tentative demain. Ma mère vous accueillera visiblement avec plaisir. J’en suis certain, à voir comment elle répondit à votre proposition de m’emmener sur ce chemin. »
- « Ne vous inquiétez pas Rentlau, nous sommes presque arrivés. Je souhaitais simplement participer à l’éveil de vos sens et de votre curiosité. Peut-être me suis-je trompée. Manifestement soit vous êtes quelqu’un de très renfermé, soit de relativement passif, dans tous les cas de très mystérieux. Vous réfléchissez beaucoup trop. Laissez-vous aller comme vous laissez aller vos mains dans la construction, la réalisation de votre jardin. Vous découvrirez bientôt d’où vient votre inspiration et comment l’utiliser. Vous pouvez néanmoins, apparemment, encore faire demi-tour, mais je ne suis pas certain que vous saurez faire face aux apparences. La route est longue et la forêt ne vous laissera pas passer comme cela si vous ne savez pas lui parler. Les passages sur lesquels je me suis arrêtée étaient des portes. Si vous ne vous arrêtez pas au bon moment, au bon endroit, avec les bons mots, vous risquez de tourner un certain temps. »
-« Autrement dit je n’ai pas le choix. »
- « Vous avez toujours le choix, quoi que vous fassiez, au plus simple, ou au plus compliqué. Tout est de savoir quoi faire ou de ne pas faire. Que voulez vous faire, jeune homme aller ou retourner ? Sachez que la vie est ainsi, mais dans la vie aller est le seul choix. Il n’est jamais possible de retourner. Que voulez vous faire ? »
- « Je préfère aller, mais je vais essayer de me repérer au mieux on ne sais jamais. »
- « Croyez vous que dans la vie vous ayez un vrai choix. Vous ne savez pas voir, c’est tout et cela n’ira que de mal en pis. Suivez moi vous ne risquez rien, mais restez sur vos gardes, ceci est une attitude intelligente et consciente. Agissez toujours ainsi et vous deviendrez un homme, un vrai.»
Le chemin lui parut encore long. La forêt se faisait vraiment dense, sombre, silencieuse. Alors qu’ils arrivaient dans ce qui pouvait être le centre, une lueur au bout d’un chemin à peine tracé se montrait. Rentlau découvrit une petite clairière. Les maigres rayons de soleil que réussissaient à percer la cime des arbres rasaient le sol jusqu’à la porte d’une chaumière.
C’était une cahutte faite apparemment de boit et couverte de feuilles de vigne, de lierre et d’autres végétaux avec des fleurs blanches et bleues que Rentlau ne put identifier. Elle ne paraissait pas très grande au pied d’un arbre immense comme il n’en avait jamais vu. Le tronc était large, noueux et ses racines, comme éclatées partout autour du fût, s’enracinaient en tous sens. La maison laissait imaginer qu’elle fut construite avant que l’arbre ne fut planté. Avec sa croissance, il avait envahit l’espace emprisonnant l’habitat. La nature avait repris ses droits et bloqué le maigre logis.
La chaumière semblait véritablement écrasée par l’arbre contre lequel elle s’appuyait. Une simple porte, allant presque jusqu’au bord du toit assurait l’entrée. Elle n’était pas fermée et tenait par miracle attachée par deux morceaux de cuir ou de corde. De part et d’autre, deux petites ouvertures assuraient vraisemblablement l’éclairage de la petite pièce intérieure et sa ventilation. Deux grossiers volets de bois brut bouchaient les orifices pour la nuit et pendaient presque tristement de chaque côté. C’était un assemblage à l’identique de la porte de buches plus ou moins longues liées les unes aux autres. Le mur faisait penser à un mélange de racines et de glaise. Le toit était couvert de terre et de plantes. Etait-ce de la chaume, le temps en avait presque effacé les traces. Il pouvait s’écrouler sous ce poids à tout moment. Une cheminée minuscule, faite d’écorces, dépassait en son milieu.
La largeur de la maison était inférieure au tronc coincée entre deux racines proéminentes. Tout était écrasé par ce monstre végétal dont la tête était invisible tant les grosses branches du bas cachaient le reste et le ciel. Elle lui parut minuscule.
Les arbres, face à l’entrée, formaient un cercle. Ils semblaient plus jeunes car moins hauts et moins gros. Tous présentaient, néanmoins, les traces d’un âge respectable. La ronde qu’ils formaient ne semblait pas très large, tant celui du milieu était important, simplement en harmonie avec l’ensemble de ses composants : La maison, l’arbre qui la soutenait, et le cercle. Tout était paisible et en accord. Le seul reste de lumière que pénétrait cette presque clairière pointait l’entrée de la petite construction. Tout ceci paraissait déplorable pour une dame aux apparences aussi âgée, comme si, depuis des années, elle n’avait pu entretenir ce lieu. De petites fleures blanches et délicates parsemaient les environs de l’entrée et se répandaient parmi la végétation de al clairière. Une coulée d’herbe traçait le chemin d’accès à la porte. Rentlau s’arrêta un instant pour respirer. Il prit le temps de contempler le paysage presque irréel et tellement paisible. Il sembla comprendre, l’espace d’un instant, pourquoi cette vieille femme restait là. Ce lieu semblait si calme, si immobile qu’il ne pouvait convenir qu’à une personne d’un tel âge. Il lui inspirait tellement une histoire, aujourd’hui révolue. Le temps s’était arrêté en cet espace et attendait quelqu’un ou quelque chose. L’adolescent suivit le chemin d’herbe et se retrouva rapidement sur le seuil.
La vieille dame était assise au coin de la cheminée et regardait de son coin Rentlau et ses yeux étonnés. Une petite flamme dansait dans l’âtre. De l’autre côté de foyer, il y avait, bizarrement posée une petite porte. La pièce était en effet minuscule. Les murs intérieurs étaient les racines du grand arbre. Une simple table, un lit de paille, sa cheminée et son fauteuil composait l’essentiel ou presque de son mobilier. Il y avait juste l’espace suffisant pour une personne de circuler entre chaque élément. A droite de l’entrée un tonneau fermée et une louche en bois posée dessus et à gauche un petit meuble complétaient le reste de l’équipement domestique.
- « Bienvenu chez moi. Souhaites-tu un peu d’eau pour te désaltérer ? Après un si long parcours tu dois avoir soiffe. Si tel est le cas, regarde à ta droite, devant la fenêtre. Ouvre la couvercle de bois du tonneau. L’eau y est fraiche. ».
Rentlau saisit la louche. L’ombre montrait un liquide trouble et sombre. Il plongea l’ustensile et en sortit une louche pleine. Il la leva jusqu’à ses lèvres, hésita un instant. La soiffe était plus forte. Le liquide s’engouffra dans sa bouche. Il sentit le trajet de l’eau fraîche descendre jusqu’à son estomac. Jamais il n’avait éprouvé autant de plaisir dans une seule gorgée. Sa fraicheur, sa douceur gustative l’émerveilla comme s’il buvait à la source première de toute les eaux douces. Cela lui apporta un réconfort inattendu.
- « Voici une eau bien réconfortante n’est-ce pas ? L’arbre qui soutient ma maison est composé de milliers de feuilles. Chaque matin chacune reçoit une goute de rosée et me la donne. Je ne bois que cette eau, il n’y en a pas de plus douce. Qu’en penses-tu ?»
- « Elle est effectivement légère et surprenante. Je me sens réconforté. Le jardin que vous souhaitiez me montrer est-ce celui qui se trouve à l’entrée ? »
« Non, il est derrière, mais il est un peu tard pour le visiter. Je te propose d’attendre demain matin. C’est le plus beau moment, quoiqu’il en soit pour voir les fleurs éclore. Je te propose de nous restaurer un peu. Peux-tu m’aider mes vieux os me font souffrir ? »
- « Que puis-je faire ? »
Elle lui indiqua la marche à suivre pour dresser la table pendant qu’elle accrochait une petite marmite à la crémaillère. Ils passèrent vite à table alors que l’obscurité grandissait. Elle s’assit à un bout de la petite table et lui en face de sorte qu’ils avaient la porte et la cheminée à leur côté.
- « Tu es étonnant. Tu m’as suivi sans poser de question. Une fois arrivé tu as mis un petit temps à entrer dans la clairière et pour finir tu ne sais même pas qui je suis, ni mon nom. Nous ne nous connaissons pas. Suis-tu toujours les personnes âgées en leur faisant confiance ? Je t’ai proposé de venir voir mon jardin et au lieu de cela nous dînons ensemble et tu n’as rien vu. »
- « Disons que les plantes m’ont appris la patience et un peu la confiance. Je reste vigilent mais j’aime les découvertes. Je sais qu’elles arrivent en leur temps. Si vous m’avez amené jusqu’ici c’est que cela vaut probablement la chance de voir et d’apprendre. Vous semblez vous intéresser aux végétaux. C’est au moins un point commun que nous pouvons partager. Ma mère a eu une attitude très respectueuse et a consenti à me laisser partir donc si elle me fiat confiance, je vous fais confiance. »
- « Voici une belle réponse. Tu es un peu avare de mots et je m’en contenterai. Je suis de toute façon tellement habituée au silence et aux bruits de la forêt que je ne pourrais pas m’en plaindre. »
Le reste de la soirée se passa en discussion sur leurs vies respectives, leur approche des plantes. Rentlau allant se coucher dans un coin aménagé à même le sol sur un lit de mousse. L’humidité était présente mais il ne faisait pas froid. Il dormit paisiblement.
Le soleil était à peine levé que la vieille femme le tira de ses songes.