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Mardi 27 février 2007

Les Secrets de Saint Roch

 

   J’ai fermé les volets, les rideaux sont tirés. Dans la cheminée les cendres ont été retirées, et l’âtre nettoyé. Le moulin, cette maison de campagne où il y eut fêtes et rires, parfois des pleurs, où il y eu de soleil et de la neige, vit ses derniers instants, Bientôt de nouveaux propriétaires vont le  ressuscité. Je ne reviendrai que pour signer les papiers officialisant la vente, l’acte de décès en quelques sortes. Les déménageurs viendront prendre les restes, le mobilier allant au garde meuble. La page sera définitivement tournée. Comme des dernières traces de cet instant de vie, la coupure de l’eau, de l’électricité dont la modernisation avait coûté si chère et du gaz apporteront demain leur coup de grâce. Comme un malade le corps principal, la grande bâtisse sera débranchée. Les derniers craquements de plancher marquent les sanglots des pièces désormais laissées presque vides.

Dehors les grands peupliers balancent les bras pour un ultime au revoir. A leur pied la rivière, court d’eau de fin d’été, humblement s’écoule en respectant presque le silence.

 

Je pensais tout connaître de ce vieux moulin à eau, de son parc, de son ruisseau. La demeure au long de ces quelques années de ludique collaboration m’avait offert tous ses petits secrets dans ses recoins cachés. Les endroits, où l’on peut surprendre les poissons, rencontrer l’écureuil et les oiseaux. Les lieux où la lumière joue discrètement avec les arbres et ouvre une porte dérobée en un clin d’oeil complice sur la vie et la faune. Je pensai tout connaître de ces pièces qui à notre première rencontre m’avaient semblées si nombreuses et si grandes. J’avais visité et dormis dans ses six chambres, profité de ses deux salles de bain, couru, jouer et étudié dans ces salons. Mais il y a deux semaines cette vieille complice me fit son dernier cadeau. Dans un ultime geste pour me retenir et ne pas rompre.

La statuette de saint Roch, que je n’avais jamais touché, était restée protégée dans son alcôve par une espèce de grille. La clé qui l’ouvrait avait réapparu dans le fond d’un tiroir de la grande pièce quelques jours après mon arrivée. J’avais décidé de bouger la représentation du saint des voyageurs pour la débarrasser de ses toiles d’araignées et de la poussière que le plumeau ne parvenait plus à atteindre. Je déposais le personnage d’une manufacture peut remarquable et entrepris le ménage. Il fut rapide mais alors que je m’attachais au nettoyage de la mosaïque qui en tapissait le fond, je fis tomber un carreau. Pour le rattraper avant qu’il ne se brise, je renversais également la statuette. Le socle s’ouvrit, me réveilla un papier plier en quatre, jauni par le temps et une petite clé. Le morceau d’émaille me cachait un petit orifice, une minuscule serrure.

 

Le papier était un message à l’attention des voyageurs sur le départ, une prière ou un au revoir.

 

« Toi qui va quitter cette demeure

Toi qui y vit tes dernières heures

Tu respectas et aimas ce lieu,

Trouve derrière ce Saint son adieu.

 

Depuis la construction de cette demeure

Peu trouvèrent cette cachette et sa mémoire.

Ces quelques voyageurs ont eut l’honneur

De laisser un peu de leur propre histoire.

 

Les souvenirs sont parfois douloureux

Pour voyager loin il faut être heureux.

Laisse au Saint pleures et chagrins

 

Dans sa cachette il en prendra soin.

La maison te laisse lire et partir

Mais laisse ici sa mémoire sans la trahir. »

 

La clé avait roulé quel que part, il me fallait la retrouver. Je soulevais les tapis, regardais entre les lattes clouées au sol. Je la trouvais entre les planches de escalier qui menait au premier étage. Enlevant les clous, elle gisait parmi la poussière et des restes de cartes postales. Celles -ci représentaient le moulin à différentes époques. On pouvait y voir les différentes étapes de sa construction, l’arrivée du Saint.

 

En septembre 1985 mon père acquit une maison de campagne dans le Berry. Il faisait un retour aux sources. Ses parents étant originaires de la Creuse, il était à la recherche d’une maison, d’un moulin qui lui rappellerait son enfance et ses pèches miraculeuses. Un jour qu’il nous expliquait la technique pour tendre des cordes, il nous racconta une histoire. Il avait attrapé une anguille si grande que, lasser de tirer sur le corps du poisson pour le faire entrer dans la barque, il le coupa en deux et rentra. Le lendemain un ami vint lui rendre visite. Mon père lui décrit son aventure. Cet ami à la fin de l’histoire fit un grand sourire et se dit rassuré. Il venait d’attraper l’autre moitié. On fait toujours confiance en ce que nous content nos héros, j’ai cru cette fable un certain nombre d’années.

Il lui fallait donc une rivière, à ma mère un jardin et pour nous un terrain de jeu. L’harmonie fut trouvée au bas d’une colline où siégeait une bâtisse rectangulaire, deux dépendances dont une avec deux boxes pour des chevaux, deux bras de rivière et deux champs dont un avec une grange. Sous un préau dormait depuis certainement longtemps une vieille carriole à chevaux. Son réveille n’était pas prèt de sonner ses énormes roues en bois servant de portails. Les chevaux eux aussi avaient disparu et la paille dans la grange nous aurait fait un excellent terrain de jeu si les guêpes n’y avaient pas fait leur nid.

Le corps principal semblait avoir été construit en plusieurs étapes. Les pièces sertissant la roue paraissaient avoir presque deux siècles. D’autres pièces furent construites pour abriter le meunier. Aujourd’hui encore les chambres principales occupaient cet espace et les mécanismes et sa meule avaient été remplacés par une cuve à fuel. Plus tard ce qui devint la cuisine et la salle à manger fut rajouté.

Au deuxième étage se trouvait une immense salle aux pavés noires et blancs. La cheminé pouvait contenir des bûches en réserve de près d’un mètre cinquante et laisser suffisamment de place, dans le foyer, pour griller un cochon de taille raisonnable ou un mouton à la broche. Un soufflet de maréchale ferrant d’un mètre de large et de deux de long, attisait le feu. Sa chambre à aire devait avoir été faite dans la peau d’une vache entière. Nous pûmes accueillir dans cette salle soixante dix personnes assises pour une fête.

En dehors de cette pièce il y avait deux chambres, une salle de bain et une cuisine contenant un lit, des armoires, une table transpercée par un pilier. On pouvait y déjeuner à vingt sans problème. Enfin une mezzanine couronnait le plafond. D’un côté il y avait un lit que nous voulûmes occuper et en face un billard français avec tout le matériel. Nous passâmes un temps certain autour du tapis vert mais jamais l’un d'entre nous n’osa occuper le lit. Les murs, le toit craquent constamment. La nuit les fantômes envahissaient l’espace. Le sommeil était impossible avant les premiers rayons de soleil.

Nous avons rapidement fait connaissance avec les différentes salles. Le parc restait à découvrir. La rivière et le bief créaient une île magique. Les roseaux ondulaient au grès des vents et dessinaient des danses mystiques sur les eaux. Les rayons de lumières parmi les feuilles découvraient une vie riche et surprenante. Anguilles, poissons de toute sorte habitaient le lieu. Les rats gondins avaient construit des hlm tout les long des rives. Après la roue le courant se faisait plus discipliné. Les algues d’un vert hypnotique ondulaient calmement. J’ai vite pris l’habitude de les regarder se mouvoir, à l’abri de deux bosquets de noisetiers. Parfois des truites rompaient cette cérémonie apaisante.

Les premiers travaux apparurent l’été suivant. Le potager fut retourné et remplacé par une pelouse qui, ont l’espérait, deviendrait l’équivalant de certains espaces verts britanniques. Quelques vieux êtres furent également coupés. Ils devenaient dangereux pour la toiture neuve. Enfin, ont profita du niveau bas de la rivière pour couper complètement le courant et la draguer. Une motte de terre fit barrage au niveau de la petite île et l’on attendit l’assèchement. La vieille roue fut également remplacée. Un ami de la famille devait faire abattre des chênes. Le bois fut envoyé chez un charpentier qui oeuvra magnifiquement.

Mon travail consistait à vérifier le mur soutenant le pont devant la roue. Je grattais la mousse, enlevait le ciment pourri et le remplaçais. C’était un travail intéressant parce qu’il se faisait à l’ombre et au frais. C’est un avantage certain en été. Il offrait également une vision particulière de la rivière, du moulin et de sa roue et des poissons prisonniers des flaques d’eau. Pour rompre la monotonie du grattage j’en attrapais un ou deux pours les mettre de l’autre côté de la roue ou l’eau avait creusé et restait plus profonde. De cette place et proche de la fenêtre donnant sur la roue je pouvait voir l’escalier où, sans que je le sache, la clé avait roulée.

 

Je repris la clé, redressai les clous, et fixai sans trop de marque les planches de l’escalier. Au préalable le images furent mise dans une boîte métallique et replacées dans la cavité des marches.

La clé ouvrit, non sans un cri de rouille réticente, la porte de mosaïque et me laissa découvrir pelle melle, en plus de la poussière, des photos et des papiers, papiers tamponnés à l’allure officiel et du courrier. Je trouvais également une paire de gants noirs et un blanc ainsi qu’un collier d’appareil photo. Il résidait dans cette cachette quelques vieilles photos en noire et blanc. Le blanc était plus tôt jaune en faite. Elles témoignaient de jours heureux passées dans cette demeure. Des mariages et des anniversaires y avaient été célébrés. Les images de personnes seules montraient un noir obscur notamment dans leurs vêtements. Leur visage semblait gris et fatigué. Les yeux, leur regard appelaient la lumière des jours de fêtes mais ne recevait que de l’ombre d’une grande solitude ou d’une grande tristesse. Ils étaient perdus fixant le vide de l’objectif.

Je pu déterminer trois tas différents de photos et presque autant pour le courrier en fonction des noms et des signatures. La plus ancienne pile datait du début du vingtième siècle. Le minotier possédait quelques vaches. Son épouse créât cette cache pour protéger le souvenir de son mari parti sur le front. C’est également elle qui avait apparemment écrit le message. Une lettre griffonnée en hâte sur un bout de papier avait dû prendre l’eau. Des traces de pluie empêchaient une lecture fluide et quelques mots manquaient. L’époux avait envoyé des indications pour la bonne tenue de la roue et du mécanisme servant à moudre le grain. La lettre s’achevait par « Si je ne reviens pas arrête la roue, vend tout et va chez ma mère » Ypres le 21 avril 1915.

Sur la deuxième feuille la femme expliquait que son départ étant imminent cette cache deviendrait une espèce de sanctuaire à l’usage de l’oubli. Tel était le sens de premier message découvert hors de coffre. Ainsi avait-elle laissé la missive de l’armée Française que beaucoup de veuves reçurent jusqu’au 11 novembre 1918. Le document officiel était daté du 23 avril 1915. Derrière une photo était écrit « Veille du départ 18 janvier 1919 ». La femme était en noir. Sa main gantée de la même couleur tenait un enfant de 5 ou 6 ans.

 

Le deuxième groupe se composait de nombreux courriers échangés sur probablement cing ans. Il y avait trois photos qui se rattachaient assez bien avec ces textes. Une famille avec un fils unique et un couple puis une femme seule encore en noir. D’après les papiers, l’homme avait acheté la maison pour sa femme. Il lui avait construit la grande pièce pour des réceptions. Lui ne venait que pour et pendant la chasse. C’est à l’occasion d’une de ces visites que la photo de famille fut prise. Le jeune homme au milieu devait être le fils. Le garçon regardait l’objectif avec un air peu enjoué. Il avait certainement du le forcer un peu pour le faire poser. L’homme, le père, regardait son fils avec le regard de celui qui va en demander beaucoup parce que très optimiste pour son avenir. Avec un peu de chance le fils aura suivit son destin, sans, il sera devenu médecin ou aura repris l’affaire familiale. Pour le moment l’uniforme le disposait à une carrière militaire très précoce ou à une école privée, une pension. La femme regardait soit le fils d’un air inquiet soit l’époux d’un air mécontent. La qualité approximative du photographe ou un incident parvenu au moment du développement avait rendu flou son visage. Peut-être avait-elle tout simplement tourné la tête au mauvais moment. Aucune date n’était inscrite au verso des images.

La correspondance semblait indiquer une certaine inquiétude de la part du mari pour sa femme. Celle–ci semblait montrer une lassitude permanente ce qui avait poussé l’homme à l’envoyer à la campagne pour organiser sa vie autour d’une production de farine locale, loin de la ville ou pour mener une vie de bourgeoisie provinciale.

La dernière lettre était celle d’un avocat stipulant les accords finaux d’un divorce. Elle gardait le moulin, percevait un dédommagement parce qu’il reconnaissait ses tords. En accord avec l’avocat de la partie adverse, le désormais ex-mari rachetait les parts de l’usine qu’elle détenait. Cela devait lui garantir un niveau de vie suffisant pour refaire sa vie.

Ce que je ne comprenais était cette troisième photo. Je la classais à la même époque à cause des bâtiments du fonds. Elle était collée légèrement de travers sur une feuille un peu trop grande. Un rayon de soleil qui traversa un nuage et la fenêtre démontra qu’un texte était derrière. Le temps passé avait collé l’image à la lettre à qui trouverait la cachette. La photo représentait la femme sur départ. Elle se remariait avec un ami d’enfance. Il était ingénieur et partaient tous les deux pour Mururoa. Les voisins avaient sa nouvelle adresse à l’attention du fils qui n’avait pas donné signe de vie depuis quatre ans, depuis le divorce. C’était le 24 juin 1968, elle bloquât définitivement la roue.

 

Les derniers souvenirs concernait un homme qui voulu quitter le monde des affaires ou tout du moins celui de l’entreprise et de la ville. Il s’était marié jeune avait eu un enfant. Des voyages l’avaient emmené au quatre coins de la terre, un nombre impressionnant de photos en témoignait. Mais de sa fille il ne posséda qu’une photo d’elle petite. La seule trace de la présence du voyageur au moulin était celle d’un vieil homme barbu, sur un ban à côté de la roue. Cette dernière semblait déjà dans un état de fragilité importante. Quelques pales manquaient à son râtelier, la chaîne la bloquant était déjà bien rouillée. Chose amusante, il portait la petite clé autour du cou. La photo portait l’écriture d’un texte explicatif succin. L’homme avait misé sur l’argent et le pouvoir toute sa vie. Mais à la fin de celle-ci, il s’aperçu que la véritable valeur, capable de passer le trou noir de la tombe était l’amour. Le seul qui lui restait était celui de sa fille qu’il n’avait pas revue depuis plusieurs années. Sa femme avait fuit avec elle pendant une de ses expéditions ou un de ses voyages d’affaire interminable. Divorcé rapidement elle avait décidé de rompre totalement avec cet homme. La photo fut prise par sa fille qu’il venait de retrouver. Tous deux s’étaient assis sur ce même banc. Ils s’étaient expliqués et surtout s’étaient retrouvés. Deux jours plus tard le vieil homme pris d’une violente migraine s’endormit. La jeune fille raconte qu’un sourire merveilleux inondait de vie le visage de son père. Elle refermait les secrets de Saint Roch suite à la cérémonie et emmenait la dépouille de son père retrouvé avec elle. Elle laissait les images, ses rêves de retrouvailles et n’emportait que les souvenirs de cette discussion sur le banc. Elle partait en reportage au Viêt Nam. Février 1966.

J’avais balayé presqu’un siècle d’histoire, d’histoires discrètes de famille et d’amour. Des amours perdus, d’autres qui naissent et d’amour retrouvés. Le saint des voyageurs surveillait ce petit trésor et protégeait peut-être encore ces personnes en voyage.

Il semble que nous cherchions tous un amour. Certain espère éternellement un grand amour, celui des comptes de fée. Mais il est un rêve et comme tout rêve idéal. Le véritable amour ne se rencontre que lorsqu’on l’a oublié. Certains ont la chance cependant de le vivre au quotidien parce que n’attendant plus rien ils l’ont trouvé. Pour d’autres c’est l’amour filial, le plus naturel et peut être le plus difficile. Nous ne connaissons malheureusement ce qu’il est vraiment que lorsqu’il s’éloigne. C’est un apprentissage redoutable auquel on ne peut ni ne doit échapper.

 

Pour ne pas interrompre la chaîne je finis ce soir et avant mon départ de rassembler quelques photos et des papiers. Des articles de journaux justifiant mon départ et quelques poèmes. Un jour futur quelqu’un trahissant le secret osera peut-être les publier. Je joins quelques photos, photos de fête, photos de famille avec mes parents et une de leur enterrement. Pour sauvegarder l’ensemble j’ai tout scanner et mis sur un disque laser. J’ai reposé les originaux qui finiront peut-être en poussière. Le tout a pris place dans une caisse et j’ai renfermé l’ensemble dans l’alcôve, replacé tout les gants et le collier, la clé et la lettre sous le socle du saint comme les autres les laissèrent. L’objet était un bout de corde avec lequel nous péchions, et une clé de voiture qui ne servira jamais plus.

La clé qui ouvra la grille et donne accès au premier secret, à la lettre de 1919 était depuis deux jours dans le tiroir où je l’avais trouvé. J’ai voulu ce matin jeter un dernier coup d’oeil à ces histoires. Elle n’y était plus.

 

par Anderson publié dans : Contes
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Jeudi 21 décembre 2006
Je vous invite à lire la première partie pour que vous puissiez comprendre ce qui suit.

LES HOMMES B.I.C. partie 2


Elle remplit soigneusement sa fiche comme lors de ses nombreux examens, et réalisa les prélèvements. Une question demeura difficile à résoudre. Combien de cheveux laisser au sein de la société. D?un côté et malgré toutes les garanties, elle s?inquiéta à l?idée que cette souche d?ADN resta en liberté. De l?autre quel nombre de cheveux pouvait-elle laisser ? Il n?y avait qu?une seule prise possible et il n?était pas aisé de définir un nombre idéal de compagnons. Elle utilisa néanmoins l?option doute. Cette option résidait dans le faite que nombre de femmes avaient trouvé comme quasi impossible la détermination de ce nombre. Comment connaître le nombre de week-end, de jours de vacances et surtout d?amants avant d?arrêter ou de s?arrêter à un partenaire. Aujourd?hui on parlait plus d?un occupant dans ses temps libres. Le choix était donc laisser à la machine de prélèvement et à son algorithme. Une seule chose était certaine, le nombre de cheveux était compris entre un et mille. Pour plus de simplicité et de rationalité, la limite maximale avait été réduite par décret de loi à 250. Quelques une des premières femmes qui avaient utilisé cette option s?étaient retrouvées avec une moitié de crane mise à nue.

L?opération terminé, Borso réapparu un bref instant pour la remercier, lui donner les dernières informations sur la méthode et le fonctionnement. Dès qu?elle en aurait l?envie, elle n?aurait qu?à envoyer un mail avec son code. Elle préciserait le lieu et la date de rendez vous pour la livraison du produit. 24h était nécessaire pour la bonne marche du processus. Raccourcir ce délai était un  argument commercial pour la concurrence mais un fiasco. Le spécimen implosait avant la date limite, voir de manière inopportune. Certaines femmes restèrent quelque peu frustrées et le prirent très mal. L?argument commercial était quelque peu tombé à l?eau.

 

Thaliae rentra chez elle. Le temps avait passé plus rapidement qu?elle ne l?avait cru. Elle s?engouffra dans le métro un peu moins rempli que dans les jours de semaine. Rentrée chez elle, elle essaya de se concentrer sur son travail mais garda un goût amer. Sa matinée la laissait perplexe. Avait-elle bien fait ? Cet investissement lui serait il rentable. ? Que se passerait ?il si elle venait à être découverte par une rivale ? Elle accrocha son esprit à des problématiques simples et rapides à résoudre pour se lancer dans les véritables charges de travail. Elle ne s?arrêta qu?à la nuit tombée.

La livraison automatique avait permis de faire un plein dans le réfrigérateur et les différents placards. Elle n?eut que l?embarra du choix. Ce fut une omelette salade et un grand coup d?eau de javel sur tout ce qui avait servi. Elle prépara ses affaires pour ses déplacements de la semaine. La valise prête ainsi que les différents billets d?avion elle se prépara au sommeil. Avant d?éteindre son ordinateur elle relut ses mails.

Le temps passa et Thaliae réussit à se faire à l'existence de son dossier au sein de la société B.I.C.. Elle laissa passé du temps et par un après midi de début septembre elle reçu un mail. Le produit commandé quelques moi plus tôt était opérationnel. Elle pouvait en demander la livraison selon sa convenance. Le message était suffisamment discret pour passer inaperçu au milieu des messages de livraison via internet et assez précis pour que seule l?intéressée puisse comprendre. Elle accusa réception et renvoya sa décision au soir.

 

 

De retour chez elle, elle ne changea pas ses habitudes. Après une douche rapide elle passa des vêtements plus léger, brancha son portable et le connecta sur le réseau. Le message réapparu. Elle régla rapidement ses quelques taches, messages et confirmations de décisions et revint vers la l?avertissement.

Elle le relut, valida la provenance pour être certaine de ne pas faire d?erreur. Par la fenêtre quelques étoiles scintillaient au-delà des lumières de la ville. La lune dans ses premiers quartiers éliminait les autres. Du haut de son appartement qui dominait un maigre parc les ombres des arbres rescapés ressemblaient à de lourds rochers. La base des bâtiments plongés dans les ténèbres n?offrait presque aucune vision du sol. Ce vide la désola. Rien ne bougeait dans son entourage et ainsi peut-être était sa vie. Elle replongea regard vers l?écran.

Elle consulta son agenda. Le mois s?annonçait pour une fois sans trop de rendez-vous éloignés aux quatre coins de la planète. Dans le message était placé un mot que lui avait donné son contact. Elle devait le retourné, c'est-à-dire l?écrire à l?envers et renvoyer le message à son expéditeur. Un message d?excuse lui était immédiatement envoyé lequel lui servait de clé pour accéder à une page de bienvenue. Elle devait entrer son mot de passe dans une case choisie lors de la commande pour accéder à la page de lancement de production d?une unité. Le rendez-vous et le lieu furent fixés dans la foulé.

Elle se décida le lendemain pour le vendredi soir. Un rendez-vous sur les quais lui paru l?idéal. A ses yeux, cela possédait un semblant de romantisme presque antique pour une entrevue avec un homme presque inconnu.

Les deux jours passèrent avec un surcout de travail. Elle dû se libérer suffisamment de temps pour profiter pleinement de sa soirée. Elle prétexta un rendez-vous le jour même vers 16h. Cela lui laissa la latitude pour passer chez son manucure et son coiffeur. Elle passa également rapidement chez l?esthéticien. N?ayant pas pu s?occuper d?elle véritablement depuis plusieurs mois elle se sentit revivre. Comment elle expliquerait ces changements au bureau devinrent la cadet de ses soucis alors qu?elle passait une robe noire et souple. Elle enfila une paire de chaussure à talon, remplit son sac de quelques ustensiles essentiels : carte de crédit, rouge à lèvre, cigarettes et briquet. Elle se regarda une dernière fois dans son miroir, prit une grande bouffée d?air. Ce qu?elle voyait dans la grande vitre l?étonna. Elle n?avait pas mis cette robe depuis longtemps - la fin de ses études peut-être ou la soirée de sa dernière promotion ? elle ne se rappelait plus. Le passé c?est le passé se dit-elle, il faut toujours regarder devant. Oui toujours devant se répéta t-elle. Elle prit ses clés et claqua sa porte. Une voiture l?attendait en bas de chez elle noyée dans l?ombre.

Je l?avais croisée ce soir là alors que je remontai chez moi. Elle m?adressa un regard timide et confus comme une petite fille ayant été prise en flagrant délit. Elle rentra très tard je pense car je ne l?entendis pas remonter dans l?escalier. J?imagine sa première rencontre. Un homme l?attendait au pied d?un des arbres des berges. Habillé dans un costume noir, peut-être avec un bouquet de fleurs dans les mains, il devait attirer les regards des passants. Il était devenu tellement rare de voire un homme attendre une femme dans une évidente démarche de séduction. Je me demande néanmoins quelle fut la première phrase qu?il prononça. C?est toujours important la première phrase. Il dû en trouver une bien pour que la nuit se soit prolongée ainsi. Ils ont dû marcher un peu au bord de l?eau puis trouver un restaurant. Selon le budget définit lors de la création du dossier, ils seront allés dans un bon restaurant. Apéritif et vin pendant le repas furent certainement consommés. Cela lui permettait de se détendre véritablement sans pour autant la souler complètement. Le repas achevé, ils repartirent dans une autre direction. La voiture les récupéra plus loin et les ramena jusqu?à l?appartement peut-être. Passèrent-ils tout de suite par la case hôtel ou celle de sa chambre à coucher. Je ne sais pas.

Le samedi elle se leva un peu plus tard que d?habitude et ne prit le chemin de son bureau que vers 10h. Le ciel était dégager et déjà un peu frais. Elle avait un sourire léger et en coin repensant peut-être à sa soirée et à cet homme qu?elle avait rencontré. Elle avait d?ailleurs oublié pendant la soirée, pendant l?espace de quelques instants, que ce n?était pas un véritable être humain mais un homme BIC. Est-ce possible qu?il fut si réel, qu?il puisse connaitre tant de choses, qu?il semblait avoir vécu tant d?expériences pour ne vivre que 24h ? Je pense que c?est à ce moment là que chaque femme ayant fait appel à ce service devenait accro. Elle ce fut pire et incontrôlable.

 

Elle ne reprit pas contact avec la société tout de suite. Elle laissa l?expérience intégrer son esprit petit à petit. Dans le mois de septembre elle ne s?autorisa qu?une soirée. Le mois de novembre fut un peu plus festif, elle fit appel deux fois à la société de service. Ses traits s?étaient pendant ce mois moins creusés que d?habitude pour une personne de son âge et de sa fonction. Son sourire était devenu un peu plus systématique et sa démarche un peu plus assurée. Toujours nerveuse, elle semblait néanmoins s?être un peu détendue. Décembre arriva très vite et avec lui le simulacre de fêtes de fin d?année qui ne trouvaient d?intérêt que dans les primes et les cocktails servant de préambule à d?éventuelles mutations ou promotions. Elle sortit trois fois. Prit-elle son homme B.I.C. sous le bras pour faire bien lors des soirées ou prit-elle le parti d?y aller seule pour marquer son indépendance, je ne peux le dire.

Elle partit en vacances quelques jours en janvier et revint pleine d?énergie. Elle s?autorisa un dîner rapide chez moi à son retour. Ses réserves étaient vides du simple fait qu?elle avait suspendu ses livraisons. Son esprit était clairement ailleurs et ne resta pas longtemps. La reprise c?est dur, me dit elle. Il ne faudrait jamais partir.

Janvier et février se passa avec acharnement. Avait-elle oublié ses réserves de décompression, cherchait-elle à confirmer ses chances de progression dans la société ? Difficile de la dire mais il est certain que quelqu?un devait lui suspendre une carotte devant son nez. Les soirs et les week-ends furent laborieux. Mars lui tendit les bras et elle ouvra les siens deux fois. Son compagnon d?un soir vint la chercher trois fois. Les lendemains elle prit même le temps d?une grasse matinée et traina en robe de chambre jusqu?à 11h. Elle sauta néanmoins dans un habit de travail jusqu'au soir. C?est là probablement qu?elle perdit pied.

En très peu de temps son train de vie explosa ne dormant que quelques heures seulement. Elle ne rentrait presque que pour se changer après une rapide toilette. Elle alternait sortie et travail. Au début elle semblait comme poussée par une énergie intarissable. Elle souriait sans cesse, courait dans tous les sens, riait et reprit le sport en salle. Entre chaque voyage elle s?organisa plusieurs soirées dans la même semaine.

 


par Anderson publié dans : Contes
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Vendredi 24 novembre 2006

Pour autant que je me souvienne de cette histoire, elle se déroula avant que l’armée allemande n’envahisse la zone dite libre, avant 1942. Le nom des lieux se jouent de ma mémoire, mais je sais que cette histoire est véritable. Les yeux de celui qui me la racconta étaient des plus sincères qui soient. Assis devant moi dans un restaurant il répondait avec discrétion aux invitations de ses vieux camarades de classe. Je ne vais pas souler la jeunesse avec mes vieille histoire avait-il dit. Tout cela c’est du passé. Je vous en pris avais-je répondu. Je suis curieux d’entendre cette fameuse histoire. Bien dit-il voilà.

 

La ville était éteinte évitant ainsi de servir de repère aux raides alliés. La préfecture avait fermé ses portes, comme chaque jour à 17h30. Le préfet s’était lui assoupi vers 21h, après le repas. Plus aucune lumière n’avait réchauffé le bâtiment après 22h. Seuls les bruits de quelques bottes, celles des patrouilles allemandes, perturbaient le silence de deuil, instauré depuis déjà deux ans.

La gare de Chalon-sur-Saône était déserte. La nuit avait couvert de son manteau d’immobilité les quais et les machines. Seules deux masses noires, deux locomotives mises sous pression en fin de journée et le baraquement du chef de gare annonçaient une probable activité matinale. Une faible lumière traversait la petite fenêtre de sa guérite. Sur le mur était déjà inscrit les horaires des premiers trains. A 6h 30 les deux convois devaient emmener leurs wagons lourdement chargés l’un vers l’Allemagne l’autre vers le front Russe.

Par la pénombre engloutie, longeant les deux masses noires, deux formes quasi fantomatiques hantaient seules le quai. Une lumières faible fit échos à la lune. Le chef de gare passa la tête par sa fenêtre. Il scruta dans la peine ombre, les yeux tirés et mis clos. Comme rien ne bougeait, il s’en retourna à ses occupations. Moins de dix minutes plus tard, la ville ressuscita brusquement dans un éclair. Deux détonations retentirent, deux éclaires provenant des quais éclaboussèrent la gare, puis plus rien.

 

Une voiture de la Kommandantur fit irruption dans la cour de l‘établissement de l’état provisoire. Un sous officier en sortit comme poursuivit par le diable. Il monta d’un bon les quelques marches de la préfecture. Moins de deux minutes plus tard, il ressortait pour s’engouffra de nouveau dans le véhicule noir. Il portait l’uniforme de SS. Ses bottes étaient particulièrement bien cirées, son habit noir impeccable même pour une heure si matinale. Une timide lueur du jour perçait à peine la ligne d’horizon.

 

Le préfet avait été certainement surpris par cet homme au saut du lit. Tant pis pour son café dû t-il se dire. Il sortit à pas tranquille, sans trop se presser. C’était l’attitude d’un homme économisant son énergie ou tout simplement encore endormi. Il monta dans son véhicule de fonction garée la veille contre le mur de la cour, sous la fenêtre de son bureau. Lorsqu’il arriva à la gare, une activité peu normale régnait. Des camions de l’armée allemande, un cordon de sécurité filtrait les entrées des voyageurs. Ces derniers devaient freiner l’anxiété due à la peur du retard. Les valises étaient fouillées, les papiers minutieusement examinés. A l’intérieur de la station, un cordon de militaires en arme écartait les curieux autour des carcasses calcinées des deux machines. Un acte terroriste avait détruit les deux locomotives, bloqué les voies, empêcher l’acheminement dans les temps des cargaisons et surtout rendu fou furieux les officiers de l’armée occupante. Comme seule trace, signature ou justification de l’acte, une croix à deux barres horizontales peinte et surmontant un V, coulait dans le repli d’un mur.

La résistance, ou des terroristes selon l’occupant, les avaient fait tout exploser au milieu de la nuit sans faire, heureusement de victimes. Il fallait déblayer les voies, faire venir deux nouvelles locomotives, les remettre en chauffe avant de pouvoir repartir. Cela prendrait des jours.

 

Dans la cabane du chef de gare, la Gestapo et le sous officier SS menaient déjà un interrogatoire forcé au près de responsable de la nuit. Le préfet entra. Le sous officier le présenta au responsable de la police allemande. Ce dernier tentait péniblement de comprendre comment il fut possible que ces deux engins explosent sans que personne, ni le chef de gare, ni les patrouilles de nuits n’aient pu voir, entendre quoi que ce fut. Ces deux trains bloqués étaient une épine pour lui et surtout pour son avancement, Paris ou Berlin peut-être si tout allait bien. Pour le moment le front Russe se rapprochait dangereusement. Cela le rendait encore plus nerveux et violent. L’individu était dans une rage proche de la folie et près à fusiller le pauvre chef de gare pour collaboration avec des terroristes simplement par ignorance.

Pour faire mine de participer et d’aider le camp adverse le capitaine de gendarmerie, également présent s’emmêla. Il interrogea à son tour l’homme de gare agar.

- « Mais vous avez bien dû voir quelque chose, des ombres, des personnes inhabituelles, entendre un bruit. »

- « J’ai bien entendu quelque chose mais quand j’ai passé la tête par la fenêtre j’ai point vu quoi que ce soit. Peut être deux ombres ou deux silhouettes j’sais pas, j’suis pas sûr. Il fait trop noir dans c’te foutu gare la nuit. Puis ch’uis tout seule qu’est-ce que j’aurais bien pu faire. »

- « Ces deux ombres ou ces deux silhouettes avaient bien une forme, une taille, quelque chose de particulier ? »

L’officier allemand sembla se détendre. Il y avait là peut-être un début de piste Il préféra laisser l’officier français poursuivre. Le préfet n’avait encore rien dit.

 

- « Y’avait peut-être un grand pis un p’tit mais je ne suis pas sûr. Enfin y’faisaient pas la même taille. » continua le chef de gare.

- « Commençons par le grand, - dit le gendarme - il était grand comment ? Vous ne pouvez pas décrire sa silhouette ? sa démarche ? il y avait bien quelque chose de particulier qui ait retenu votre attention ! »

- « Ben non - réplica l’homme.- Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il y avait un grand pis un plus p’tit. »

- « Il était grand comment ? » Insista le préfet.

- « Ba j’sais pas. Il était plus grand que moi. C’est pas bien difficile me direz-vous. Il était grand à peu de chose près comme vous, Monsieur le préfet. A vrai dire c’était à peu de chose votre silhouette »

 

Il y eu un blanc, le préfet le devint certainement lui aussi, ravala sa salive. Le gendarme ne prêta pas attention aux réactions et continua l’interrogatoire. Le capitaine passa sur la description du plus petit et très vite se tourna vers l’homme de la gestapo d’un air impuissant et lui céda la place. Deux heures plus tard le chef de gare partait pour la kommandantur afin de poursuivre l’interrogatoire. Le préfet et le capitaine de gendarmerie suivirent mais jusqu’à leur automobile. Chacun retourna à ses occupations.

 

En Juin 1944 la radio de Londres annonça le sanglot long des violons et de l’ombre surgirent les fameux terroristes en pleine lumière. Un groupe de FFI, dirigé par un homme répondant au grade de lieutenant reçu l’ordre de se rendre à la préfecture. Le commandant en chef de la résistance au niveau régional les attendait pour prendre les ordres d’arrestation. Retrouvez XJ-27 et le représentant du gouvernement de la France libre pour recevoir vos ordres d’actions et d’arrestations.

- « Tant mieux » dit l’un d’entre eux à l’attention du lieutenant.

- « Comme cela on n’aura pas beaucoup de chemin à faire pour arrêter le préfet et ce foutu capitaine de la gendarmerie. Je parie qu’on va les trouver ensemble. »

Les quelques hommes sautèrent dans leur véhicules et se frayèrent un chemin parmi les débris des combats de rue. Il ne restait plus que quelques poches de résistance allemande. Quelque coups de feu claquaient encore au loin laissant place peu à peu aux « vive la France, Vive le générale ».

 

La préfecture ressemblait encore à un camp retranché. Des sacs de sable avaient été posés en hâte aux points faibles et devant la grande porte, sur un tas une mitrailleuse lourde gardait l’accès à la court. Un groupe de FTP avait pris position. Les voitures se stoppèrent, furent contrôlées puis eurent libre à la place. Les résistants en sautèrent comme l’officier SS quelques mois plus tôt. Ils montèrent eux aussi quatre à quatre les marches. Une double porte du premier étage sur laquelle « bureau du préfet » était écrit, était gardé par deux hommes en armes sans uniforme et trois parachutistes apparemment britanniques. Dans la tête du résistant il dû se passer un certain nombre de choses pendant que les cerbères validaient les ordres de mission et les identités. Un premier vigile frappa et entra. Il ferma la porte derrière lui. Cela permis au petit groupe de reprendre son souffle et d’ajuster leur vêtement. Le plus gradé des parachutistes leur fit signe de laisser leurs armes à l’entrée. Cela ne leur plut pas mais il fallait obtempérer dit le lieutenant. Le vigile revint

- Vous allez pouvoir entrer dès que les officiers anglais et américains auront en finit avec eux.

- J’espère qu’ils ne les amochent pas trop. Faudrait pas qu’il ne nous gâche le plaisir. Dit un homme derrière le lieutenant.

- Pardon ? dit le vigile

Alors que l’homme allait préciser sa pensée la porte s’ouvrit. Quatre soldats apparurent. Les trois parachutistes de faction se mirent immédiatement au garde à vous. Les soldats français de garde en firent de même. Les hommes du lieutenant se contentèrent de libérer le passage. Les résistants restèrent silencieux à leur passage découvrant les mines fatiguées et les uniformes presque impeccables.

Une voix retentit de derrière la porte qui s’était refermée.

- Soldat, ils peuvent entrer.

 

Le lieutenant regarda rapidement ses hommes, tira sur son blouson pour l’ajuster à sa taille. Dans un souffle il revisita les formules de présentation de son commando. La porte s’ouvrir, il avança d’un pas décidé. Son regard balaya rapidement la pièce et s’arrêta sur deux hommes de dos en uniforme d’officiers de l’armée française. Ils portaient en plus sur le bras le fanion à la croix de lorraine des F.F.I. ils étaient tous les deux penchés sur une liste et sur des cartes d’état major. Alors que la porte venait de se refermer sur le groupe, le lieutenant, au garde à vous et au salut de rigueur allait commencer sa litanie de présentation avec fierté.

- Ne vous emmerdez pas avec les phrases de rigueurs dont tout le monde se fout. Nous devons faire vite. Je sais qui vous êtes puisque c’est moi qui vous ai fait venir.

La voix venait de l’homme situé à droite.

- A vos ordres Mon colonel ! répondit le jeune homme.

Les deux officiers se retournèrent. Le lieutenant sembla s’étouffer et ses yeux auraient bien pu sortir de leurs orbites. Les autres francs tireurs poussèrent un ho !, alors que le jeune officier laissa échapper un « nom de dieu » claironnant. Ils avaient devant eux le capitaine de gendarmerie et le préfet qu’ils voulaient arrêter pour collaboration.

Le préfet eut un sourire en coin. Ce n’était visiblement pas les premiers à se faire avoir. La raison pour laquelle les armes leur avaient été confisquées avant d’entrée prenait également toute sa valeur. Quelqu’un d’un peu nerveux aurait pu les mettre en joue ou faire feu.

Le colonel leur expliqua les différentes péripéties qui l’avaient amené à prendre le poste de préfet à la demande même de la résistance. Il avait fuit à Londres mais avait dû revenir très peu de temps après pour prendre le poste de préfet auquel il venait d’être nommé en 1939. Ceci lui avait permis d’agir presque en toute tranquillité, d’être au premier poste pour soutirer des informations parfois stratégiques. A ce niveau son grade de colonel était tout récent mais consentit pour les actions menées et obtenu au premier pas de l’armée alliée sur les plages de Normandie. Il transmit les informations nécessaires pour faire accélérer les préparatifs d’arrivée du gros des troupes et les arrestations prévues. Le commando s’en alla presque aussitôt. Lorsqu’ils sortirent les deux plantons leur rendirent leurs armes avec un large sourire.

 

En racontant cette histoire quelque 50 ans après, le préfet semblait revivre encore ce passage de sa vie. Il m’avoua également que la réflexion du chef de gare comparant sa silhouette à celle du soit disant terroriste l’avait décontenancé. Le capitaine avait particulièrement bien joué son rôle sur ce coup là. Ce qu’il ne s’explique pas c’est comment le chef de gare avait pu voir cette forme et pourquoi il n’avait pas déterminé un autre profile plus évident. C’est vrai, le capitaine était plus reconnaissable que lui. Après tout c’est lui qui portait les explosifs ce soir là. C’était peut-être le sac qu’il portait qui avait modifié sa stature.

Après cet épisode, il partit à Berlin comme représentant militaire de la France. C’est là qu’il prit la plus belle cuite de sa vie me dit il. Il avait inspecté les troupes françaises. Un apéritif lui fut servit ensuite au mess des officiers. Son aide de camp le conduisit chez les américain où il suivit le même cérémonial mais au bourbon. Arrivé chez les russes ensuite sa mémoire commençait à faire défaut et il ne se souvient plus de rien de ce qu’il fit chez les anglais. Comment il sortit de cette partie de la ville pour rentrer dans la zone française reste une énigme. C’est son chauffeur qu’il l’avait porté et couché.

Après avoir rit de cette anecdote le vieil homme se leva. Sa femme le suivi et prenant tous les deux congés de leur groupe de vieux camarades, il sortir du restaurant. Je ne les revis jamais.

 

 

 

par Anderson publié dans : Contes
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Lundi 6 novembre 2006

Si les vieux parlent

 

Les vieux parlent et ce que leurs yeux mystérieux semblent dire est bien plus que ce qu’ils racontent.

J’ai rencontré un certain nombre de personnes âgées. Certains avaient plus de 90 ans. Au premier abord leurs yeux sont tous identiques, ridés et mi-clos comme éblouis par une lumière. C’est peut-être celle d’une sagesse née d’une vie de lutte, d’amour, de plaisirs, et de tristesses partagées entre folie et raison.

J’ai rencontré un certain nombre de ces personnes et si peu en réalité. Pour ceux aux facultés encore intactes, leurs discours possèdent un calme similaire à celui qui regarde une pleine. Ils semblaient tous comme attendant quelque chose. Un rendez-vous avait été pris, peut-être, de longue date. L’ombre des certitudes plane dans leurs attitudes alors qu’ils regardent la vie, les gents les événements en spectateurs. Ils s’étonnent, s’énervent, s’enthousiasment pour des faits, des situations, des décisions politiques. Voulant se raccrocher, s’encrer encore un instant dans la réalité quotidienne, ils proposent des solutions : Si j’avais ton âge je ferais cela, si le gouvernement me laissait faire, je réglerais le problème ou la situation en deux jours à peine. Ils parlent au passé : « de mon temps cela n’aurait jamais été possible. » Cette phrase laisse alors deux possibilités : soit c’est un progrès envié soit ils considèrent ce fait comme une erreur. Le gouvernement laxiste ou corrompu, peu fiable, qui n’a rien compris et ne comprendra jamais rien, ne fait que des « conneries ». La mémoire du Général est alors sollicitée.

Pour quelqu’un de vingt ans, toute la vie est devant lui. A leurs yeux, la fameuse jeunesse ne comprend pas grand chose et cela est expliqué par un regret : « La vie est trop facile, avant il fallait travailler dès que possible, certains se sont bâtis des fortunes mais ils ont travaillé dur pour cela et pendant des années. Vous voulez tout de suite. Un salaire de ministre, 35 h par mois, la retraite à 50 ans, une belle maison, un jardin et vous ne pensez qu’aux vacances. » Si certains réussissent dans ces nouveaux marchés, les vieux que je croise s’étonnent que je n’aie pas encore fait fortune en profitant du filon ou ne soit pas déjà en retraie ou chef de mon entreprise, d’une multinationale.

Ce qui me passionne le plus chez ces personnes, un peu bizarre, c’est leur calme, leur semblant de recul des choses de ce monde. Leurs paroles font d’eux des voyageurs en attente ou les rendent semblable à de vieux animaux sauvages, jamais domptés et pouvant à l’occasion encore mordre. Ce que j’aime le plus au travers de ces voiles, c’est leur mémoire.

 

La mémoire des autres

Ou un déjeuner d’été

 

   La nature de mon enfance est faite de collines vertes et boisées annonçant déjà l’esprit montagneux des Vosges. Les routes et les rivières serpentes, se suivent, se cherchent pour nous emmener dans des lieux secrets, surprenants, humbles et discrets. Pour celui qui sait regarder et surtout voir, pour celui qui sait écouter et sentir, pour celui la seulement, la nature se révèle. Les couleurs doucement l’envahissent caressant le paysage d’un halo d’émeraude à la fois doux et profond. Une respiration, une brise légère dépose des parfums de terre, d’herbes, de fleurs sauvages et de feuilles, de bosquets et de bois riches de vie. L’été, les champs s’enflamment en des senteurs de bouquets délicats et apaisants. Les oiseaux, les rapaces, les biches et d’autres animaux plus beaux les uns que les autres entament leurs chants de vie. C’est un petit coin de paradis qui peu à peu disparaît tronçonné, découpé par les routes, envahi par les touristes aveugles.

 

En trente ans j’ai vu disparaître impuissant, l’Avalon de mon grand-père. J’ai vu évanouir avec la sécurité de l’enfance mes terrains de jeu, de guerres et de chasse aux escargots. Avec eux, la mémoire des vieux, qui me regardaient les yeux emplis d’espoir pour les générations futures, s’efface peu à peu. Que va t-on devenir sans leur vie passée emplie d’erreurs salvatrices, de joies et de souffrances ? Qui pourra décrire ce qu’ils ont vu, ce pays merveilleux où j’étudiais des choses passionnantes avec le meilleur des professeurs ? Qui pourra bientôt emmener son petit-fils pour lui apprendre à lire la nature ?

 

Dans la campagne de mon enfance deux fleuves prennent leur source et chaqu’un choisi sa route. L’un va vers le sud, vers le soleil, les vignes et l’autre s’enfuit à l’Ouest vers Paris, les blés, l’orge et le maïs. Ma campagne possède tout de ce que ces deux eaux emportent. Elle se suffit à elle-même et discrètement survie sans trop se faire connaître. Langres, comme un monstre immobile surveillait la campagne depuis des siècles. En 1900 la petite cité comptait prêt 4 000 habitants et quelques 117 cafés, bars, et autres débits de boissons. J’imagine que dés vieux murs ont pouvait voir à perte de vue successions de champs et de bois, quelques bâtisses tapis dans l’ombre, le couvent des Ursulines et les quatre lacs. Quelques routes invitaient l’esprit aux voyages. D’un côté celle menant à Chaumont, Troyes puis à Paris, de l’autre Strasbourg puis l’Allemagne. Depuis l’invasion romaine ses routes étaient certainement satisfaites de leur tracé et n’avaient pas changé.


 

 

A l’extérieur de la ville, un écrin de feuilles encercle le dôme soutenant la statue d’or de Notre Dame. Elle fait face aux remparts vieux de plusieurs siècles, aux tours massives et grossière devenues hôpital, pigeonnier militaire, ruines, puis finalement maisons ou cabinets privés. Langres se dresse fièrement à la vue du voyageur. Dans peu de temps il passera la grande porte qui le sépare du calme, de la fraicheur et d’un repos bien mérité.

 

   Depuis des siècles, voir des millénaires cette vue s’est révélée aux pèlerins, aux passagers en route vers l’Alsace, la Bourgogne, la Champagne et ce avant même que ces régions ne soient appelées ainsi. Les romains s’installèrent en nombre sur cette colline. Les Gaulois cultivaient les champs aux allant-tour avant leur arrivée. D’autres encore, avant eux certainement, péchèrent dans les rivières à proximité mais ne laissèrent que peu de traces.

Les murs d’enceintes furent construits à partir du XIIème siècle. De ceux qui précédèrent, il ne reste pas grand chose si ce n’est la porte romaine datant du IIème siècle de notre ère. Il est difficile d’imaginer le paysage qui bordait les constructions. Je rêve d’une grande forêt s’étendant à perte de vu. Quelques champs ou prairies, peut-être, l’éclairaient ça et là. Des animaux domestiques devaient pêtrent nonchalamment et l’on apercevait des cerfs, des sangliers et autres animaux sauvages.

   Aujourd’hui il y a des maisons qui envahissent le paysage. Les champs se lient à elle par des bosquets d’arbres. La forêt recule et fuit derrière les collines. Mon grand-père protégea et a entretenu une parcelle de cette forêt, lègue de son père, pendant 50 ans. Il y a quelques chênes, des frênes, des hêtres, des bouleaux. Petits nous faisions un jeu : celui de reconnaître les essences de bois, de champignons, d’oiseaux aux milieux de ces majestueux piliers. C’était une chapelle et la plus belle qui soit. Nous faisions notre catéchisme écologique et la communion était faite d’une eau fraiche et d’un gouté de tarte aux pommes.

 

 


Grand père George

 

La rentrée 1922

 

La première cloche sonne la rentrée des élèves du collège Diderot. La rue du même nom, qui avait repris pour un instant les bruits d’une activité normale, retourne au calme estival. Le soleil étire ses derniers rayons d’été. Les étudiants retiennent dans leurs souvenirs, un moment encore, leurs vacances. Bientôt ils devront attendre la récréation. On ne bavarde pas dans la classe du maître. Les 40 élèves, tels de futurs soldats déjà bien disciplinés se mettent en rang. Au premier regard de l’instituteur, ils entrent en silence et regagnent leur place abandonnée deux mois plus tôt.

 

Les élèves, devenus pour beaucoup des hommes trop tôt, avaient vu leurs vacances laborieuses par le travail des champs. La vie reprenait ses droits et comblait peu à peu les absences inventées par la guerre. L’été 1922 continuait à soigner les plaies dans un souffle de paix. Même si l’Allemagne demandait un moratoire, on pouvait croire qu’il ne devrait plus avoir de guerre. Une telle moisson d’âmes ne pouvait avoir court de nouveau sans que l’humanité ne perde un peu plus la sienne. Avec les blés les monuments saluant les sacrifices poussaient. Les commémorations allaient bon train. Les gueules cassées essayaient de vivre.

 

Les élèves se préparaient à de nouveaux cours. Math et français, géographie et surtout histoire qui s’était enrichie de nouveaux chapitres. Ce qui est pratique avec la petite cité c’est que l’histoire y est omniprésente. Des romains à nos jours les travaux pratiques trouvent leur place sur les murs des maisons et dans la campagne environnante. Les élèves de dix ou onze ans s’apprêtaient au certificat d’étude. Le travail allait être long et difficile, mais seul le résultat comptait leur dit l’enseignant. Les plumiers, les encriers et les tabliers existaient encore tout comme la discipline, le respect et une certaine idée de la France. Ils étaient une vingtaine d’élèves en ce mois de septembre 1922. La promotion 1922 allait connaître d’autres évènements encore plus troublants. Comme un bateau pris dans la tempête, les vagues de la vie emporteraient certains équipiers. Parmi ces moussaillons se trouvait grand père George.

 

J’ai retrouvé, au hasard d’un été les quelques survivants de cette rentrée de 1922. Ce fut pendant l’été 1993. Ils n’étaient plus que 7 que la vie n’avait pas encore réussi à séparer. Ils n’étaient plus que 7 en 70 ans d’existence. Tous se retrouvaient régulièrement comme pour faire fasse aux affronts du temps et de l’histoire. Ils arrivèrent un par un, certains encore accompagnés de leur épouse.

Chaque nouvel arrivant faisait une tentative d’entrée discrète. Il était accueilli comme un chef victorieux. Un survivant de plus revenait chargé d’histoire. Lui avait le regard de quelqu’un qui se réveille. Un peu vague, frappé de lumière, il retrouvait le jour et ses amis. C’était leur bouffée d’air. Ils attendirent un moment avant de se mettre à table pour l’apéritif. Attendaient-ils un miracle, un ressuscité ? Je lisais dans leurs attitudes et leur regard qu’ils étaient au courant de leur nombre exact parce que maintenant habituel. Certains demandèrent néanmoins des nouvelles de certains absents.

 

-   « Tu as réussi à joindre un tel ? Que devient l’autre ? »

-   « Il est à l’hôpital, il ne va pas très fort. Il enterrait un copain de régiment ou pour simple réponse : L’invitation m’a été retournée par sa fille. » Et changeant de sujet dans l’espoir de conjurer le sort ou de laisser planer l’hypothèse d’une vie toujours présente :

-   « Tiens ! Tu es venu avec un de tes petits-fils ? Et s’adressant à moi en guise de bonjour. »

-   « Tu risques de t’ennuyer jeune home avec des croulants de notre âge. Nous passons notre temps à ressasser de vieilles histoires. »

-   « Cela doit en faire un paquet à raconter vous croyez que vous aurez assez de temps ? Je veux dire pendant le déjeuner bien sûr. »

La réponse fut un regard en coin souligné par un sourire et un appel à l’apéritif. Les convives s’installèrent plus ou moins loin de leur épouse respective. Je pris une place laissée vacante à proximité de mon grand père alors qu’un serveur enlevait les assiettes laissées à l’abandon. Elles n’espéraient plus personne.

Je me suis retrouvé face à un homme portant bonne allure et belle figure délicatement soulignée d’une fine moustache grise qui malgré un regard un peu triste posait sur moi des yeux à la fois curieux et timides. Les autres l’appelaient soit par son prénom soit par le diminutif de « Monsieur le préfet passe-moi le pain s’il te plait ! »

Cet homme pris sur soi de savoir qui j’étais. Chose peu aisée pour quelqu’un qui semble être descendu du train de la vie. Les progrès, les études d’aujourd’hui sont des informations qu’ils font mine de ne pas pouvoir ou vouloir comprendre. En retour de politesse et pour ne pas laisser de silence s’installer, je l’interrogeai plus ou moins délicatement sur sa vie. Il finit par raconter une parie de son histoire, les passages qui l’avait le plus marqués.

Grand père George enrichit l’histoire de quelques dates, précisions sur les lieux et les personnages. Dans mon esprit s’animait un film en noir et blanc inspiré par l’armée des ombres. Traction avant déchirant la nuit, hommes en noir faisaient fasse à d’autre en uniforme SS ou en imperméable de cuir. Le chapeau était de rigueur quel que fut le camp. Le sang lui était le même. L’homme revivait ses épisodes avec détachement. Un écho amer s’entendait dans sa voix comme un arrière goût de regret. Emporté par l’histoire, ses brillantes études d’avant guerre, il avait finit préfet et haut gradé de l’armée française. Envoyé à Berlin, il avait pour mission d’inspecter les troupes françaises et de rendre visite aux autres camps. Les plus belles cuites de sa vie me dit il. L’échange s’enrichit des vies des autres. George fut le dernier à parler. Il ne dit presque rien. Rien que je ne sus déjà. Rien d’autre que ce qu’il écrivit quelques années plus tard. Les Diables Rouge, sa promenade à travers la France et la débâcle, sa démobilisation. Il passa sur ce soir où traversant un village en ruine il pu trouver un abri dans une maison et se sustenter d’un lapin abandonné dans un clapier. Il répéta souvent, je n’ai jamais eu fin et conclus par je ne me suis soulé qu’une fois. Je dû attendre quelques années pour en connaître l’occasion et m’empresser de l’oublier.

 

 

Il fut appelé sous les drapeaux le 1er septembre 1939 alors que son service militaire avait commencé près d’un an plus tôt le 24 du même mois.

 

Le premier septembre 1939 la caserne Turenne de langres l’accueillit au 14 CID (Centre d’Instruction Divisionnaire) et il fut successivement chauffeur du commandant de la place, le Colonel Carré, puis planton à la sous-préfecture de Langres. Il conduisit un jour le sous-préfet chez un dénommé Perfetti qui fut d’après ces souvenirs ministre pendant une dizaine de jours, tel fut tout du moins son titre. Enfin, avec un de ses camarades, un certain Maurice M., il fut nommé chauffeur de M. Fernandel, qui déjà à l’époque était un comédien célèbre. Quel tallent avait –il me disait mon grand père. Mais plutôt que de parodier sa mémoire je le laisserai s’exprimer.

 

Voilà ce qu’il nota :

 

« Nous allions le chercher à l’hôtel de L’Europe chaque jour Maurice et moi. Il avait créé un « foyer du soldat » et à plusieurs reprises nous l’avons emmené quêter chez les commerçants de la ville. Devant l’attraction qu’il suscitait, ce qui provoquait un rassemblement de badauds et de militaires, je l’entraînais au café de ma mère et c’est dans la cuisine, devant un « Ricard » que l’on terminait la Tournée. Un jour, il fut réformé par un jury de militaires et de médecins. Mesure que j’ai approuvé, estimant que la personnalité et le talent de cet acteur vedette servirait plus la patrie à l’intérieur du pays plutôt qu’aux frontières dans un régiment du génie.

Arrive maintenant le moi de décembre, et devant l’offensive Allemande et les pertes subies par nos troupes, le commandant fît appel aux réserves et c’est ainsi que le 26 décembre 1939 le départ pour la Lorraine fut annoncé.

Je n’ai pas cherché à me cramponner à Langres, soit auprès du Commandant ou auprès du sous préfet. D’autant plus que le directeur du Crédit Lyonnais, M. S, était intervenu auprès du Colonel. J’étais obligé d’aller y travailler un jour par semaine à mon fort déplaisir.

Nous ne connaissions pas notre destination, mais la radio avait annoncé sur les ondes «  bonne chance à la 14ème Division qui monte à Dieuze. Pour ma part et avec quelques camarades Thénnail, Barbotte, Cipette, Rousselle, nous nous retrouvions à Wahl Les Benestroff, dans la neige, le froid. Il faisait –25 ou –30°. Trois mois passèrent sans voir la couleur de la terre.

On m’a désigné pour suivre des cours d’études des gaz asphyxiants (moi qui n’ai pas beaucoup de nez et dont la consommation de cigarettes réduit encore les aptitudes) et j’ai plusieurs fois fait le déplacement à Bénestroff, siège de la division De Lattre De Tassigny.

Courant avril 40, repos à Luneville. Le 10 mai, alerte. Les allemands ont envahi la Belgique et le Luxembourg et poursuivent vers le sud leur offensive. Nous montons en renfort à Rethel. Je suis affecté à la 9ème compagnie du 152ème R.I., prestigieux régiment d’active entre tous, qui avait été décoré en 14-18 de la croix de guerre et légion d’honneur avec insigne « les diables rouges ».

Présenté au lieutenant commandant la compagnie, je me déclarai pupille de la nation – fils de tué en 1914 et qu’il devait me réserver légalement une place parmi les moins exposées. Il m’a répondu que dans le secteur il n’y avait pas de place privilégiée. Il m’interrogea ensuite sur ma profession de démarcheur pour une banque et conclu que je devais être débrouillard. Je fus affecté en tant que caporal comptable au bureau de la compagnie.

Là mon travail se bornait à envoyer aux f