Deux mouettes se disputent un poisson

Et s’envolent

Leurs cris s’élèvent et déchirent le ciel

Jusqu’à l’horizon.

Les vagues même se tuent.

 

 

Le cormoran

Frôle la surface de l’eau

Et dérobe un poisson

Caché derrière un nuage.

 

Mes deux cerisiers, mécènes des cieux,
Fournissent des fruits aux sucres délicieux,
Transforment leurs branches en nombreux perchoirs
Pour les oiseaux venus se reposer au soir.

A la floraison, ils ont prolongé l’hiver
Jetant leurs pétales comme les flocons d’hier.
La fruition attendit la fin des pluies
Pour émerveiller les branches de leurs rubis.

Le vol nerveux des ramiers s’est alourdi,
S’échappant par dizaines des tiges fléchies.
Comme des voleurs en bandes organisées
Ils ont pillé les tours aux ramures blessées.

Le soleil a transformé les pierres en perles
Noires que les pies ont accrochées à leur cou.
Pour partir au bal de leurs cousins les merles,
Elles prirent les fruits ne laissant rien du tout.

Ou si peu, les ultimes cerises flétries
Ont accueilli l’appétit des mésanges.
En frénétiques et discrètes souries,
Elles éparpillèrent dans un joyeux mélange

Restes de fruits en grappe déchiquetés,
Noyaux et liges parfois encore attachés.
Le chat resta stoïque sous cette mitraille.
Il avait tenté en vain l’assaut des murailles

A mi-chemin personne ne contrait sa charge,
Les oiseaux gros ou petits avaient pris le large.
Il ne nous reste plus maintenant que les feuilles
Qui couvriront très bientôt, mais sans orgueil,

D’un linceul doré, l’herbe et les restes séchés
De cette belle orgie de ce début d’été.
Les voleurs nous laisseront-ils pour l’heure
Profiter des autres fruits rouges à cœur ?

Le vide n’est pas le rien, n’est pas l’absence
Il est conscience du sens de l'essence.
C’est la vérité dépouillée d’illusions,
Troubles inhérents à nos incarnations.

Le vide devant nos yeux n’est pas le rien.
Il est l’espace entre deux espaces presque pleins.
L’absence n’est pas vide devant nos yeux
Remarqué surtout par un cœur moins heureux.

Il est le souhait de permanence des êtres
Dans ce court instant que la vie nous fait paraitre,
Né des causes que nos actions passées portent.

Le silence n’est pas l’absence de bruit,
Il est la respiration entre deux notes
Attendant que du monde naisse l’harmonie.

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Un sourire et deux grands yeux noirs qui vous fixent
Est-ce un ange, ou suis je naviguant sur le Styx ?
Une tête ronde et plus encore avec ses joues,
Des envies de mordre avec ce rire qui joue

Comme l’eau joue avec les rayons du soleil
Au travers des feuilles d’un peuplier vermeil.
C’est un éclat de fraîcheur, une lumière
Qui pétille alors que l’obscurité s’étend

Sur un extérieur de moins en moins plaisant.
C’est une force apaisante, comme la prière
Console l’âme et l’emplit d’un nouvel espoir.

Alors qu’elle dort, ses lèvres sont deux pétales
Peintes sur la poupée de porcelaine pâle
Allongée près d’elle : son reflet dans le miroir.
Un moteur ronronne comme un chat qui me berce
C’est un réveil qui, avec beaucoup de douceur, perce
Le silence et ma nuit, appelant ma conscience.
Sans le jour, mes rêves font de la résistence.

Tous les matins c’est le même, sauf le dimanche
Tous les matins, un bruit vient et m’éveille.
C’est l’arrivage des produits frais qui tranche
Le silence de la nuit dans mon sommeil.

Quel bonheur que de pouvoir replonger
Dans les bras tendres de cette chère Morphée.
Quel plaisir de se lover dans les profondeurs

D’un oreiller, en se disant que pour une heure,
La sieste peut encore un peu se prolonger
Un souffle encore et un ronflement...
                                         … c’est l’heure !
Je revois ma mère s’afférant à ses fourneaux
Dans ma chaise haute je babillais des mots.
Le son des casseroles, mêlés à mes coups
Sur le plateau, faisaient comme un concert de fous.

Travaillant en silence comme si ses jours
Et ses nuits d’absence étaient trop courts,
Sur la grande table, parmi des papiers
En vrac, se trouvait mon père, tête penchée.

Dans une autre chaise, un autre aussi tapait
Plus fort, sur tout ce qui, autour de lui, passait.
C’était le plus souvent la tête de ma sœur.

L’échos de ses cris traversait soudain la porte
Arrêtant tout, nous mettant tous d’accord en sorte.
Et la musique laissait place à la stupeur.
L’automne arrive suivi par les nuits d’hiver
Les feuilles tombent enflammant le doux vert d’hier.
Les sapins immobiles, avant que ne commence
Sur les routes leur très étrange transhumance,

Se blottissent un instant dans un coin de forêt.
En soldats napoléoniens devant l’anglais
Ils craignent la scie les décimant par rangées.
Leur vert est leur linceul et les corps entassés

Gisent dans le camion en amants enlacés.
Un filet de plastique vient les border.
Les bois, par pants entiers, ainsi voyagent
Inondant les capitales et leurs parages.

Répartis, séparés, chacun sera vendu
Dans une boutique comme au coin d’une rue.
Les voici bientôt, derrière des fenêtres tristes,
Décorés, maquillés comme des clowns en piste.

Ils seront vénérés sur l’autel éphémère,
Jusqu'à ce que leurs épines ne tombent à terre.
Leur squelette sera dépecé des décors,
Sans boules ni guirlandes, ils finiront dehors.

Quelle étrange vie, quelle très curieuse mort ?
Quelle faute expient-ils pour endurer ce sort ?
Naître dans la nature, bercé par les vents,
Avoir l’écureuil, le hibou dans ses branchages,

Voir la neige sur ses épines pour un temps
Et inspirer le poète comme le sage,
Pour finir au côté d’une poubelle sombre
En compagnie d’un rat, qui se cache dans l’ombre.

Est-ce bien humain que d’aimer la nature
De cette façon, en attirant près de soi
Une vie calme qui ne le demandait pas
En déracinant une frêle créature ?

L’homme agit de même sur tout ce qui l’entour
Il veut tout maîtriser et détruit tour à tour
Le végétal, l’animal comme son prochain
Il ne lui restera très bientôt plus rien.
L’aube projetait des couleurs de sucrerie
Bon marché sur la Seine bordée de réglisse.
La queue des voitures léchait avec délices
Les méandres conduisant mes rêveries

Jusqu’à des amas sculptés de sucre glacé.
S’envole alors un parfum presque vanillé
Un parfum d’envie de m’échapper, d’une errance,
De sauter le pont, de retourner à l’enfance,

De suivre la piste multicolore et libre,
Pour goûter le sucre de chacune des fibres
De ce ruban dansant dans le matin gris bleu.

Mais le feu passe au vert. Je tourne la poigné
De mon scooter. Le vent fait pleurer mes yeux.
Je rabats ma visière très vite embuée.
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